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Hautes Terres

Cela faisait déjà longtemps que la réalisatrice française de ce joli documentaire connaissait Vanilda et son mari Antonio, ce couple de paysans qui crève ici littéralement l’écran, tant par la puissance sans concession de son engagement que par la force de sa persévérance et la grâce d’une tendresse partagée. La petite communauté solidaire à laquelle ils appartiennent, obstinée dans sa survie, impliquée dans son combat, digne dans son attente, perdue dans les montagnes, précairement logée dans des baraquements de fortune, attend, haletante et droite, les titres de propriété qui feront de ces sans-terre poussiéreux, jusqu’alors tout entiers soumis à la loi d’un patron et à son salaire de misère, des propriétaires. On les suit donc, fasciné et porté par la certitude de voir là, agissante, la réalisation progressive d’une utopie politique. On les observe dans une attente militante, celle de ce mouvement des travailleurs ruraux sans terre qui, né dans les années 1980 au Brésil, s’est imposé comme l’un des engagements les plus importants d’Amérique latine. Depuis 1984, il tente d’imposer par la lutte et les occupations de terres une réforme agraire sans cesse contournée par les gouvernements et qui, pourtant, s’appuie sur un texte constitutionnel autorisant l’expropriation et le rachat par l’État de propriétés non exploitées. Depuis la présidence de Lula et son soutien bienveillant, plus de 150 000 familles se sont regroupées en communautés autogérées, dites “assentamentos”, sur des parcelles redistribuées, qu’elles ont officiellement le droit de cultiver, mais pas celui de vendre ou de louer. Vanilda et Antonio appartiennent à l’une de ces communautés. Cet élan, porté par une vision socialiste de démocratisation de la propriété terrienne, est pourtant le fait d’humbles paysans, parfois même analphabètes, comme ici quelques-uns, mais tous traversés par la conscience simple et profonde de faire l’histoire. On regarde, franchement ému, ces hommes harassés qui, après quatre années de lutte dans une extrême précarité, de labeur infini et épuisant dans l’incessante touffeur brésilienne, obtiennent enfin leur titre de propriété. Mais cet accès, pourtant tant attendu, pourtant si légitime, est aussi le début d’une aventure plus âpre encore que la conquête, celle de l’autogestion, de la responsabilité, de l’autonomie, ou comment jeter sur ces terres désolées les bases d’une société aussi rêvée que rude. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici : voir s’édifier posément, calmement, les fondements d’une organisation égalitaire. De cette démarche d’une grande audace, forgée par la ténacité des sans-grade, on ressort proprement revigoré, même si l’on aurait apprécié, parfois, un peu plus de pédagogie et quelques éléments de contexte, pour éclairer qui n’est pas familier de ces problématiques. Toutefois, au cœur de ce documentaire clairement empathique, western moderne, désordonné et attachant, on s’enivre de l’audace des pionniers, de leur vigueur, de leur énergie, de leur force de vie. Toutes choses ici finement détaillées et qui nous laissent un goût fort : celui d’une utopie politique moderne en action. _N.Z.