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Gouffres

Antoine Barraud ne manque pas d’audace. Avec ce film bizarre, sensoriel, aux limites du narratif, le cinéaste s’expose à déplaire à beaucoup. Pourtant, si l’œuvre peut déconcerter par son côté expérimental, elle ne tombe pas dans l’auteurisme froid et incompréhensible. Ça commence comme un film “normal”, avec un géologue tout excité de partir voir cinq énormes gouffres nouvellement découverts. Durant sa mission, France, sa femme (excellente Nathalie Boutefeu), va sagement l’attendre dans un hôtel perdu en pleine campagne. Mais bientôt les choses ne tournent plus rond, pour France comme pour le spectateur. Plus de nouvelles de l’expédition, une femme de ménage illuminée, des tremblements de terre, et cet hôtel vide, où France a peur la nuit. On bascule progressivement, un peu comme dans les grands films paranoïaques de Polanski, dans une inquiétude grandissante, un lourd climat de menace, et on se met à craindre pour la santé mentale de France. N’est-elle pas la proie d’une forme de délire ? La suite fascinera, déconcertera ou fera sourire, selon l’humeur ou l’envie de chacun d’adhérer aux visions fantasmagoriques que propose Barraud, qui ambitionne ici de donner une représentation du conflit psychique d’un personnage aux prises avec son angoisse. C’est du moins ce qu’en l’absence d’explications on est amené à supposer. Jouant des flous et d’effets de lumière plutôt réussis, le réalisateur accompagne son héroïne dans un voyage intérieur. Qu’en tirera-t-elle ? La conclusion, énigmatique, est ouverte. Fumisterie, diront certains. Trop littéraire peut-être, trop elliptique sans doute. Mais sûrement pas banal. _G.R.