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Go-go Boys

Riche en archives et en anecdotes savoureuses, le film d’Hilla Medalia retrace l’incroyable épopée de Menahem Golan et de son cousin Yoram Globus, qui, à la tête de la société Cannon, révolutionnèrent la production et la distribution des films à Hollywood dans les années 1980. De Tibériade à Los Angeles, le parcours des deux acolytes, tel qu’il nous est raconté, renoue avec celui des premiers magnats de l’industrie du film, issus de l’immigration et passionnés jusqu’à la moelle. Comment ils atteignirent le succès en Israël et comment ils se lancèrent ensuite à la conquête de l’Amérique en repartant de zéro, comment Menahem vendit trois fois sa maison, comment son talent d’artisan d’un cinéma résolument populaire joint au talent de Yoram pour les affaires fit des étincelles et impressionna toute l’industrie, jusqu’à la chute et au divorce inéluctable des deux associés : toute l’odyssée se déroule avec l’évidence d’un conte, d’autant plus vivant qu’une grande tendresse transparaît dans les témoignages des compagnons de route du célèbre duo. De Michael Dudikoff, acteur incontournable des séries B d’arts martiaux de la Cannon, à Andreï Kontchalovsky, dont les deux cousins produisirent Runaway Train, tous regrettent ce temps où, au contraire des autres studios, la Cannon vous disait tout de suite oui ou non, où un contrat écrit sur une serviette en papier suffisait et où on tournait sans attendre. Vilipendée par la critique, la Cannon finança et distribua tout de même – outre une quantité phénoménale de films d’“exploitation” (baston, guerre, mais aussi le tout premier film sur la break dance !) – des auteurs tels que Cassavetes, Godard, Altman, Zeffirelli, Polanski ou encore Barbet Schroeder. Il ressort de ce récit d’une formidable réussite et d’une chute presque annoncée que Menahem et Yoram ne peuvent être réduits à de simples vendeurs sans âmes. Menahem répète souvent que le public est son seul dieu. De fait, il vise toujours le succès avant tout, mais l’argent gagné est illico réinvesti dans un autre film. C’est d’ailleurs cette boulimie sans limite qui grèvera les finances de la société et finira par la couler. La relation quasi maritale des deux hommes, complexe, fusionnelle, est au cœur de tous ces enjeux d’argent. Menahem ne supportait aucune entrave à sa liberté de création, et Yoram ne savait pas lui dire non. Ces deux personnages méritaient bien un film et, si celui-ci est plutôt sage dans sa forme, il est très bien fichu et se révèle touchant et souvent drôle. Ah, la scène où Van Damme, serveur dans un restaurant, lance son coup de pied au-dessus de la tête de Menahem sans faire tomber ses plats… ! Un mois plus tard, il tournait Bloodsport. Cette scène aussi, en 2014, où le vieux Menahem, toujours fou de cinéma, retrouve Yoram, devenu patron de studios en Israël, et tente de le convaincre de lire un scénario : “Tu verras, il nous vaudra un Oscar !” lui dit-il. Belle et flamboyante histoire que celle de ce duo que Newsweek baptisa les Go-Go Boys, et qui, comme le dit Eli Roth, “nous ont apporté les ninjas, Chuck Norris, Charles Bronson et la break dance”. _G.R.