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Gens Du Monde

C’est en passant plusieurs mois au cœur du service politique du Monde, au cours de ce temps particulier qu’est une campagne électorale (après avoir déjà suivi, dans Le Président, la dernière campagne aux régionales de Georges Frêche et les municipales parisiennes de 2001 dans Paris à tout prix), qu’Yves Jeuland, documentariste aguerri et subtil, a pu restituer au plus juste l’atmosphère fébrile d’une rédaction de grand quotidien. Rédaction dite bimédia, que les nouvelles technologies contraignent parfois à une réactivité au rythme infernal, mais rédaction de réflexion également, où les débats sur le fonctionnement et l’éthique du journal ont une part importante. Grâce à un découpage précis et une mise en scène intelligente, le réalisateur réussit à rendre palpable tout à la fois la longueur d’une campagne et l’ébullition de ses coups d’accélérateur, les heures passées devant l’écran d’ordinateur et les galopades d’un étage à l’autre, le temps des discussions, souvent vives, et celui des décisions. Avec finesse et clarté, Yves Jeuland adopte la distance idoine entre sa caméra et son sujet ou, devrait-on dire, ses sujets, car, ici, chaque journaliste devient un acteur à part entière de l’aventure collective. Telle une petite souris qui n’apparaît jamais à l’écran, l’auteur parcourt les lieux au gré des urgences, observe les personnes et capte l’espace – façade, hall, grande salle ou encoignures, open space, portes et couloirs – comme un théâtre d’opération. Par ses choix de cadrages aux angles variés, d’écriture et de rythme, il instaure une réelle dramaturgie, sans pour autant se départir de sa volonté de rendre compte objectivement d’une réalité. Soucieux de forme et gardant son cap, Jeuland sait aussi, à l’occasion, se laisser gagner par la fièvre tout en gardant la tête froide : au-delà de son excellent travail documentaire, il signe ainsi, tout simplement, un film de cinéaste. Le scénario à rebondissements, parfois assez démentiels, qui préside à ce marathon couru comme un sprint qu’est une campagne présidentielle, prend ici, à plusieurs reprises, des allures de quasi fiction, à laquelle le réalisateur donne corps sans jamais en oublier l’inscription dans le réel. Au long de cette heure vingt-deux minutes est également perceptible la confiance accordée par les rédacteurs du Monde à Jeuland. Elle lui a permis, entre autres, de saisir, avec une grande liberté, les doutes, la fatigue et les rires de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, secouées par l’affaire DSK, les râlantes des responsables du web, exténués par l’exponentielle rapidité qui leur est demandée, les coups de gueule du chef de service, ainsi que l’enthousiasme d’une Florence Aubenas portée par un nouveau projet. Apparaissent également, tels un hommage prémonitoire, le visage soucieux et la silhouette lasse du regretté Erik Izraelewicz, alors directeur des rédactions, terrassé par un infarctus dans les locaux du journal en novembre 2012. Propre à susciter des vocations, malgré (ou par) les montées d’adrénaline dont il témoigne, ce documentaire, réalisé avec élégance sur un tempo de thriller, lui est dédié. _M.D.