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Gaudí

Retraçant l’histoire du plus célèbre “work in progress” de l’histoire de l’architecture moderne, le film de Stefan Haupt s’ouvre sur un personnage androgyne apparaissant puis disparaissant devant un mur de la cathédrale. La voix off introduit avec pompe le récit, sur fond de musique sacrée et quelques plans plantent le décor : grues, interminable file d’attente de touristes, ouvriers en plein travail… De la première pierre posée, le 19 mars 1882, aux plus récentes péripéties du chantier en passant par l’arrêt des travaux par le régime franquiste, les moindres aléas du titanesque projet nous sont contés. Diverses interventions ponctuent le déroulé de l’exposé : chef de chantier, architecte en chef, sculpteur, peintre sur verre… parlent. La biographie et la personnalité de Gaudí sont aussi largement évoquées, depuis son enfance dans un décor de rochers monumentaux dont les formes l’auraient inspiré, jusqu’à sa mort en 1926, alors qu’il avait élu domicile dans sa cathédrale et vivait dans des conditions très modestes. Formellement, on est entre le son et lumière et le dépliant d’office du tourisme. La voix off enchaîne les lieux communs impersonnels sur l’architecture et sur le génie créateur. Les propos des différents acteurs sont réduits à l’anecdote. À aucun moment, on ne parle en détail d’architecture. Le spectateur est censé accepter le fait que Gaudí est génial, que son œuvre est unique mais on n’explique jamais en quoi. Oui, bien sûr, on dit rapidement que l’artiste s’inspire des formes de la nature, mais pas précisément comment. Et comment construisait-on à l’époque de Gaudí, en Espagne et ailleurs ? À part ce qui saute aux yeux même pour le profane, en quoi cette architecture est-elle novatrice ? Le film n’entre jamais dans ces considérations, ou fait semblant de le faire. L’histoire du bâtiment est-elle vraiment ce qu’il y a de plus intéressant ? C’est comme si un film sur La Joconde ne nous parlait que des péripéties de la fabrication du tableau, comment il fut volé, comment on le retrouva, etc. L’aspect historique aurait pu tenir en dix minutes et le reste du film se concentrer sur l’essentiel. Un moment sort malgré tout du lot. Lorsque le sculpteur japonais Etsuro Sotoo parle de sa “conversation avec la pierre”, ce “maître” qui lui dit, par le son qu’il émet, si son burin frappe là où il faut ou s’il a commis une erreur, le film prend pour quelques instants une autre dimension. En optant pour une narration scolaire, des interventions brèves et en perdant du temps avec des séquences purement illustratives (Benoît XVI consacrant la nef…), le réalisateur nous prive d’une véritable approche du mystère de cette œuvre. On peut mettre cependant à son crédit le fait d’avoir évoqué les critiques qui entourent encore la construction, notamment la façade de la Passion, tout en angles, sculptée par Subirachs. Mais si ce documentaire n’est pas exempt de moments intéressants, on ne voit pas très bien en quoi il a sa place au cinéma. Les fans de Gaudí n’apprendront probablement rien et les autres resteront sur leur faim, tant on a le sentiment d’assister à la simple illustration d’un article de Wikipédia. _G.R.