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Flore

Documentariste animalier, collaborateur régulier de programmes télévisés (Ushuaïa et ses dérivés), coréalisateur du Syndrome du Titanic (2009) avec Nicolas Hulot, Jean-Albert Lièvre a assisté, impuissant, au déclin progressif de sa mère, Flore, depuis que lui a été diagnostiquée, en 2005, la maladie d’Alzheimer. Placée successivement dans deux établissements pour personnes dépendantes, Flore s’enfonce peu à peu dans un silence et une apathie, émaillés seulement de crises de démence, jusqu’à perdre toute autonomie. En accord avec ses frère et sœur, et refusant de se fier aux personnels soignants, qui l’enjoignent à la résignation et lui prédisent la fin prochaine de sa mère, Lièvre décide alors de prendre les choses en main. Flore, pense-t-il, serait bien mieux au grand air, dans un environnement familier : réinstallons-là dans la maison de famille, en Corse, en bord de mer. Flore doit être entourée jour et nuit (pour d’évidentes questions de sécurité), son attention et ses facultés psychomotrices stimulées (pour lutter contre l’aggravation des symptômes de la maladie) : embauchons deux personnes à plein temps, et prenons quelques mois de congés pour rester auprès d’elle. Ce que donne à voir le film est alors, il faut l’avouer, impressionnant. Clouée dans un fauteuil roulant, Flore réapprend progressivement à marcher, puis à nager. Son expression réduite à quelques gémissements, elle retrouve l’usage d’un certain nombre de mots – et surtout, la sérénité. L’occasion de vérifier que certains des symptômes ne sont pas le fait d’Alzheimer, mais plutôt de la situation d’abandon et de laisser-aller dans laquelle se trouvent les malades, et qu’ils sont donc réversibles. Mais Flore souffre de deux problèmes, et non des moindres. D’abord, la démarche a quelque chose d’impudique, dans la mesure où Lièvre montre sa mère dans des moments d’égarement et des accès de violence, et ne peut évidemment que passer outre son accord à être filmée. Ensuite, le film agace par sa forme d’une pauvreté effarante, sa bande originale branchée sur l’iPod de son auteur, sa voix off lénifiante (le film se veut aussi, pour Lièvre, une déclaration d’amour à sa mère, à laquelle il s’adresse à la deuxième personne du singulier) et par son insistance, guère essentielle, sur les paysages corses. Enfin, si la volonté de l’auteur de faire passer un message d’espoir est en tous points estimable, les solutions qu’il propose supposent des moyens financiers et logistiques (ainsi qu’un patrimoine immobilier) conséquents, qui ne sont certes pas à la portée du premier venu. Flore semble donc, dans ce qu’il montre, aussi encourageant (par ce qu’il semble promettre) que désespérant (par la situation qu’il souligne) : le changement des mentalités – quant à la prise en charge des malades – appelé de ses vœux par l’auteur, ne saurait aller sans une volonté politique et des moyens financiers proportionnés. Et l’on en revient toujours, sur le terrain du cinéma, au même point : pourquoi tout un chacun se sent-il aujourd’hui légitime pour faire un film sur telle ou telle maladie, au seul prétexte que sa mère (ou son enfant…) est concernée, et qu’il “connaît” par conséquent le sujet, ce qui semble alors devoir le dispenser de chercher l’angle et la forme appropriés pour l’aborder ? _T.F.