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Filles D’ève Et Du Serpent

Face caméra, de jeunes comédiennes, nues, parlent crûment de leur première expérience sexuelle, avant de prendre la route pour des répétitions. La troupe de théâtre Les Filles d’Ève et du Serpent débarque au festival d’Avignon en juillet 2012 avec trois spectacles érotiques écrits et mis en scène par Arthur Vernon, tirés de l’une de ses pièces : Les Rêveries d’une jeune fille amoureuse. Le spectacle, mêlant danse, musique et textes classiques et contemporains, ébranle les règles de la bienséance en prônant une vision désacralisée de la sexualité. Il est accueilli de manière diverse par un public partagé entre le rejet et l’admiration, ne serait-ce qu’à cause de la nudité omniprésente des comédiennes, se livrant sur scène à des jeux érotiques très explicites. Comme le souligne d’emblée, en avant-propos, la voix off du narrateur (l’acteur Ludovic Berthillot), le documentaire qui en découle, réalisé par Denys Maury, n’est “pas un film à l’eau de rose ni un hymne à la chasteté”, encore moins l’illustration filmée de “comédiennes complices qui s’adorent”. Il s’agit d’allers et retours entre moments des répétitions (parfois houleuses) de janvier 2012 et extraits du spectacle de juillet, le tout accompagné de commentaires critiques qui en sont faits, soit par les comédiennes ou par des spectateurs, soit par Vernon lui-même. Corinne qualifie le spectacle d’“incitation à la débauche”. Clémence dénonce la faiblesse de la mise en scène ou le manque de direction d’acteurs de Vernon, qu’elle juge “mégalo”. Une spectatrice relève au contraire la délicatesse du traitement d’un sujet épineux. Un spectateur fait état de la résonance du spectacle avec sa propre frustration sexuelle. Afin d’éviter une juxtaposition fastidieuse des séquences théâtrales, le réalisateur introduit ponctuellement la voix off du narrateur, amusé, qui fait avancer la dramaturgie. Une idée originale de Maury consiste à montrer l’évolution des relations entre les comédiennes, pas forcément à l’aise avec la nudité : l’humour initial, inhérent à l’esprit de troupe, palpable dans les scènes de jeux érotiques, s’efface avant que ne survienne le clash, peu avant la première représentation. En revanche, nettement moins originaux et subversifs sont les propos tenus par les différents intervenants : lors d’une interview conduite par Brigitte Lahaie sur RMC, Vernon affirme de façon péremptoire que, si la sexualité régule la société, la passion amoureuse est volatile ; le désir peut-il alors perdurer ? Face caméra, la journaliste et écrivain Françoise Simpère, “polyamoureuse” libertine, estime que le sexe sans enjeu commercial est révolutionnaire. Ah bon ? Une autre féministe précise que “si une femme doit se donner à un homme, pourquoi pas si elle y prend du plaisir ?” ; que la sexualité est légère pour un homme mais grave pour une femme. Ah bon ? Il est dommage qu’une si belle énergie portée sur scène par les comédiennes (dé)culottées des Filles d’Ève et du Serpent, soit ainsi parasitée à l’écran par des lapalissades inutiles. Reste que l’expérience un peu foutraque est attachante et se termine bien, à la ville comme à la scène…_M.T.