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Fidelio

Portrait d’une jeune femme d’aujourd’hui, professionnellement qualifiée et déterminée, ce premier long métrage de Lucie Borleteau réussit à transcender les aspects techniques du milieu où elle a choisi de plonger son héroïne pour nous offrir à la fois un parcours singulier et la peinture d’une génération. Une citation des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, placée en exergue du dossier de presse, souligne à ce titre les intentions de la réalisatrice. Il y est question d’attente et de fidélité, historiquement dévolues à la femme, tandis que l’homme court le monde ou les mers. Dans une perspective à front renversé, on pourrait dire que le personnage d’Alice endosse ici les manières traditionnellement attribuées aux hommes : libre de son corps, qui, comme le chantait Jacques Brel, doit exulter, elle est aussi sûre de ses sentiments que de son professionnalisme sans toutefois perdre une once de sa féminité. “Ce qui se passe en mer reste en mer” dit-elle. Intéressante notion d’extraterritorialité, qu’elle adopte sans cynisme ni culpabilité, bien qu’elle sache que tout n’est pas si simple et que sa liberté aura sans doute un prix. Filmé dans un scope dont l’amplitude rend justice aux espaces marins comme au confinement de la vie à bord, ce récit, sans revendiquer un réalisme documentaire, alterne avec bonheur les séquences collectives de travail et de détente et les séquences intimes, qu’elles soient de jouissance physique ou de conflit, finement écrites et mises en scène avec un naturel rafraîchissant. Récompensée à Locarno par un prix d’interprétation féminine mérité, Ariane Labed apporte à Alice un gracieux mélange d’énergie déliée et de discrète mélancolie. _M.D.