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Fidaï

À Clermont-Ferrand, pendant la guerre d’Algérie, El Hadi a été un “fidaï”, un tueur du FLN, “moudjahid sans uniforme” chargé de “combattre l’ennemi sur son propre territoire”. À 70 ans, devant la caméra de son petit-neveu Damien Ounouri, il livre pour la première fois son histoire. En Algérie, où il vit désormais en famille, et en France, où il revient sur les lieux de son passé, il raconte la colonisation, le départ pour Clermont, l’usine, l’entrée au FLN, la clandestinité, les premières missions, les fuites, les arrestations et la torture. Il se dévoile ainsi avec simplicité, lucidité et détermination, donnant l’impression de s’acquitter, en fait, d’une nouvelle mission : briser le silence d’une vie et témoigner, enfin, de son action. Car ce désir de transmission apparaît bel et bien comme un combat contre la confiscation de l’histoire des hommes, voire contre son instrumentalisation, par l’histoire officielle. Soutenu par Jia Zhang-ke, auquel Damien Ounouri a consacré un moyen métrage remarqué (Xiao Jia rentre à la maison), Fidaï est un documentaire d’une grande pertinence. Captant avec délicatesse le quotidien de sa famille en Algérie (avec, en voix off, des poèmes de Pier Paolo Pasolini), le réalisateur interroge les enfants et petits-enfants de son grand-oncle, pour montrer à quel point l’histoire de ceux qui les ont précédés, qui se sont battus pour l’indépendance de leur pays, est ignorée ou mal connue – voire taboue, comme un secret de famille. Il fait de cette transmission, de cette nécessité d’une parole entre les générations, l’enjeu même de Fidaï, qui est donc moins un film sur son grand-oncle que sur leur relation. Par sa mise en scène, qui singe parfois un peu trop celle d’un film d’action (dans une fausse scène d’interrogatoire, par exemple), le réalisateur force les souvenirs de son grand-oncle à refaire surface et cherche avec lui les traces de ce qui a été. Dans l’école primaire de son enfance, en Algérie, El Hadi cite ses cours consacrés à Louis XIV ou Napoléon. Dans une ferme à l’abandon, il retrouve en l’état les cellules où l’armée française torturait les moudjahidin. Dans les rues de Clermont-Ferrand, le vieil homme, arme à la main, reconstitue sa tentative d’assassinat de Messali Hadj, leader du MNA. Enfin, dans un café dont il ne reconnaît plus l’agencement, il “rejoue”, à plusieurs reprises, l’assassinat d’un traître du FLN, qui lui valut de fuir jusqu’à Paris, avant d’être arrêté. Respectant la pudeur de son grand-oncle, le réalisateur s’attarde sur ses gestes, ses silences et témoigne du vertige que crée en lui ce soudain retour en arrière. Un vertige dont l’intéressé lui-même finit par parler dans ce qui constitue certainement la scène la plus émouvante du film. El Hadi, allongé sur un canapé, raconte ainsi le duel que livrent, sur son épaule, deux anges chargés de faire le compte de ses bonnes et mauvaises actions. Mais la caméra de Damien Ounouri, elle, ne juge jamais. En-dehors d’une séquence muette d’archives, montrant la violence de l’armée française en Algérie, le film se contente de révéler et prélever les souvenirs personnels d’un homme ordinaire pris dans les rets de la grande histoire. _C.L.