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Fabuleuse Histoire De Monsieur Riquet

Le monsieur Riquet dont il est ici question est le concepteur et bâtisseur, au XVIIe siècle, du Canal du Midi. Ancien fermier général des gabelles du Languedoc-Roussillon, chargé de collecter l’impôt impopulaire qui pesait sur l’usage du sel, ce bourgeois fortuné a dirigé les travaux à l’origine de la voie maritime qui traverse le Languedoc, reliant la Méditerranée à l’océan Atlantique. L’idée était de priver l’Espagne du monopole de la navigation entre l’Orient et l’Occident. Riquet matérialisa cet ancien projet maintes fois abandonné auparavant, puis le présenta à la cour de Louis XIV, où il retint l’attention du puissant Colbert, puis obtint son accord. Nous suivons ici les embûches rencontrées pendant ce chantier colossal étalé sur plusieurs décennies, entre 1662 et 1681. Les travaux furent plusieurs fois interrompus à cause de problèmes financiers et surtout techniques. Trouver des solutions pour contourner l’absence de dénivelé, contrer l’ensablement : à chaque obstacle, Riquet a innové en imaginant, par exemple, la construction d’un aqueduc pour traverser un endroit réputé infranchissable. Il rêva même d’une ville nouvelle sur le chemin du canal, qui aurait été une glorification de la réunion des quatre continents connus à l’époque (l’Australie avait été découverte en 1602, mais il était alors admis qu’elle faisait partie du continent asiatique). C’était un chef de chantier paternaliste, dont les méthodes de travail ont évité la mort de nombreux ouvriers sur le chantier. Son seul échec fut de ne pas avoir vu le roi Louis XIV inaugurer son chef-d’œuvre. Riquet était un bon vivant, à la vie privée bien remplie. Un temps, la paternité du chantier lui fut contestée par des historiens du XIXe siècle. Descendants, chercheurs et historiens se succèdent pour nous raconter la fabuleuse histoire de celui qui s’autoproclamait le Moïse du Languedoc. Ses mots, au travers de sa correspondance avec Colbert, nous sont restitués par la voix de Bernard Le Coq. C’est la deuxième collaboration de l’acteur avec le réalisateur Jean Périssé, après L’Occitanienne, fiction historique compassée autour de la figure de Chateaubriand. Ici c’est à la forme documentaire que s’attaque le réalisateur, qui est aussi scénariste, opérateur, monteur et producteur de cette entreprise. Le film est ancré dans la forme classique du documentaire : scrupuleux sur les dates, illustratif, bien documenté et rendu vivant par l’intervention de comédiens récitants. Il ne présente pas de spécificité cinématographique, tant son dispositif le rapproche du documentaire télévisuel. Face à une démarche aussi pédagogique, seule l’attention est sollicitée, mais pas l’imagination, ni la sensibilité esthétique. Cette forme de discours didactique a tendance à transformer le spectateur en élève studieux. Mais l’absence d’innovation ne doit pas masquer les qualités d’un film qui est à la fois précis et vif, et optimise son matériel avec efficacité. Ces qualités lui permettent de se laisser voir agréablement, notamment grâce à un scénario bien écrit. Le travail est soigné, et la mise en image, sagement astucieuse. Un bon documentaire à l’ancienne, tendance canal historique. _J.C.