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Être Et Devenir

S’ouvrant sur le beau ventre rond, nu et fier de la réalisatrice, et avec lui la promesse d’une maternité heureuse et déjà fortement investie, ce documentaire pose d’emblée la force d’un questionnement sur les choix éducatifs. Or, cette (en)quête, clairement laudatrice, tourne tout de suite au catalogue raisonné des mérites – jugés innombrables – de l’instruction libre, dont les bénéficiaires, respectés dans leur biorythme et leur appétit d’apprendre, seraient éminemment plus créatifs et heureux pour n’avoir jamais été contraints. Car il ne s’agit pas ici, en effet, de faire l’école à la maison mais bien de pratiquer l’instruction en famille, sans suivre aucun programme officiel, ni cours spécifique, pour laisser aux enfants toute latitude d’apprendre ce qu’ils veulent, quand ils le veulent, dans le cadre d’une grande confiance réciproque (certains ne lisant toujours pas à 12 ans…). Pourtant, difficile de se faire un avis objectif, tant le tableau d’une scolarisation classique est à charge ! Et c’est bien là que l’enquête pèche, et ce, malgré d’intéressants témoins disant leur vérité avec conviction et intelligence face à leurs rejetons vivants, joyeux, doués, concernés, réactifs, impliqués… mais n’est-ce pas aussi le cas de nombre d’enfants scolarisés ? Certes, les trois frères Aldort – premiers à témoigner -, sont ce qu’il est convenu d’appeler des surdoués. Musiciens de génie, précoces compositeurs de symphonies, fratrie soudée… Mais ces talents, ici imputés aux seuls choix éducatifs de leurs parents, n’auraient-ils pas été tout aussi nourris dans le cadre d’une instruction plus classique ? Peut-être. Or, ici, la démonstration fait peu de place à cette interrogation. Pour le reste, on observe combien ces options sont toujours le fait de familles – qu’elles soient françaises, anglaises ou allemandes – très unies et sédimentées autour d’un couple parental fort et durable (pas sûr que le modèle soit réellement adaptable aux familles monoparentales tirant le diable par la queue…). On remarque aussi, non sans ironie, que ces enfants devenus adultes sont en très forte majorité musicien, danseur, metteur en scène, écrivain, luthier… des activités hautement créatives sans être à proprement parler “productives” (mot hideux, j’en conviens). Quid alors d’une société dépourvue d’ingénieurs, de médecins, d’architectes, de plombiers zingueurs ? Ces activités, qui font pourtant société, sont-elles laissées aux seuls sacrifiés du système, à ceux tenus à une scolarité classique ? N’y-a-t-il donc, dans la contrainte faite à soi, que laideur et amoindrissement de l’être ? N’est-elle pas parfois le levier par lequel on ose des choix auxquels on n’aurait pas pensé et qui, soudain, font sens ? Le documentaire, déjà peu convaincant pour qui n’est pas convaincu, finit de s’invalider dans la parole, qui hélas le clôt, d’une mère allemande entendant nous rappeler que l’école était pour les nazis un instrument d’endoctrinement et d’asservissement et qu’elle reste l’arme de prédilection des dictatures… Devant des propos aussi peu nuancés, on se remémore avec force ce qu’un homme comme Camus, orphelin de père et élevé par une mère analphabète, doit à son instituteur, ce M. Germain tant aimé auquel il dédia son prix Nobel… _N.Z.