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Enfants Des Nuages

C’est en s’emparant d’un sujet ignoré par le cinéma autant que par les médias qu’Álvaro Longoria réalise son premier film. Jusque-là producteur, il n’en change pas pour autant de ligne de conduite, celle du film engagé, après avoir produit notamment le diptyque Che de Soderbergh ou La Zona de Rodrigo Plá. Il dresse ici un état des lieux alarmant de la situation du peuple sahraoui. Pendant près d’un siècle, le Sahara occidental fut une colonie espagnole, mais quand, en 1975, le roi Hassan II organisa une marche pacifiste pour récupérer le territoire, l’Espagne décida de se retirer. S’ensuivit une guerre entre le Maroc et les indépendantistes sahraouis du Front Polisario (soutenus par l’Algérie). Depuis le cessez-le-feu de 1991, un référendum sur l’autodétermination des Sahraouis doit être organisé par les Nations Unies. Voici donc vingt ans que les Sahraouis attendent, soit dans des camps de réfugiés en Algérie, soit sur le territoire marocain, en voyant trop souvent leurs droits violés. Avec un titre qui en dit long, le réalisateur donne le ton : les Sahraouis ont été colonisés et le sont encore aujourd’hui, de sorte qu’ils ne peuvent être maîtres de leur destinée. La passivité des puissances occidentales (la France, l’Espagne et les États-Unis en particulier) est dénoncée sans équivoque. Revêtant des allures de reportage, Enfants des nuages privilégie le témoignage direct des Sahraouis, ainsi que de nombreuses interventions de responsables politiques (sous forme d’archives essentiellement, la plupart des dirigeants actuels ayant refusé d’intervenir). Cette intention journalistique dessert la forme du film, insuffisamment pensée la plupart du temps (à l’exception d’un ou deux plans du Sahara, qui nous plongent dans l’imaginaire du peuple nomade), l’objectif de Longoria – tout comme celui de Javier Bardem (producteur et narrateur du documentaire) – consistant prioritairement à marquer la conscience du plus grand nombre. Longoria préfère troquer des propositions originales de mise en scène ou de montage contre des séquences inutilement ludiques (celle consacrée, par exemple, à ces dessins d’enfants qui résument l’histoire du Sahara). Si le but recherché consistait à exposer la situation de manière limpide, le film se serait soucié, au préalable, d’échapper au format du simple reportage. On ne peut nier cependant qu’Enfants des nuages vaut en tant qu’acte civique, nécessaire non seulement pour l’Espagne (dont on connaît les difficultés à se confronter à son passé récent, depuis la transition démocratique) mais aussi pour les autres puissances économiques, desquelles dépend la décision de mettre fin au statu quo. Il ne s’agit en aucun cas d’utiliser Bardem comme un lucratif porte-parole, ni de le présenter comme un sauveur de réfugiés. Filmé lors d’un festival de cinéma, l’acteur confie humblement à la caméra sa prise de conscience quant à la situation de ce peuple oublié, pour très vite laisser la parole aux protagonistes concernés. Après avoir reçu, en 2013, le Goya du meilleur documentaire, le film arrive enfin en France, porté par l’espoir (un peu utopique mais pour le moins honorable) de rendre un jour la liberté à ce peuple. _D.C.