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Enfants De La Rose Verte

Bernard Richard évoque ici la question de l’autisme, pathologie qu’il connaît, son propre neveu en étant atteint. Le cinéaste est donc ici en lien direct, et intime, avec son sujet, ce qui, hélas, ne lui confère pas pour autant une légitimité. Bien au contraire, cela semble le priver d’un moteur essentiel : celui du mouvement d’un auteur vers son sujet. On a, tout au long des Enfants de la Rose Verte, l’impression que Richard n’est pas animé par l’envie de découvrir, mais qu’il cherche plutôt à étayer une idée préconçue. Le réalisateur a donc effectué un tournage de huit semaines, réparties sur cinq mois, dans un hôpital de jour, au sein d’un secteur de pédopsychiatrie du Gard. La Rose Verte privilégie la thérapie psychanalytique à la thérapie comportementale dans le traitement de l’autisme. Il s’agit de mettre en avant l’accès à la parole, l’autisme étant perçu comme un trouble du lien. Les soignants accompagnent des rituels de jeux, font réagir leurs jeunes patients devant des films, le principe étant de les faire sortir de la fameuse bulle autistique. On assiste à un atelier de peinture, à une séance de théâtre de marionnettes. Des parents d’autistes témoignent : l’autisme n’est pas forcément évident à détecter, et souvent, ils sont pris d’un sentiment de culpabilité : y sont-ils pour quelque chose ? Est-ce le signe du destin ? Pour les soignants, il convient d’être créatif et de tisser du lien, car ce qui permet de combattre l’autisme, c’est la relation à l’autre. C’est une petite victoire lorsqu’un des enfants, à l’occasion d’un camp de spéléologie, tend la main à l’un d’eux ! Et une belle image aussi, même si elle peut sembler un peu facile. Quatre à cinq soignants sont mobilisés pour l’atelier Drôle de Drame, qui doit permettre à Tristan de réciter un texte. Et il y parvient : encore une victoire ! Il s’agit, pour le réalisateur, de montrer qu’il est absurde d’abrutir les autistes de drogues, que des progrès sont possibles, et en ce sens, il réussit son pari, puisqu’il s’entend dire à de multiples reprises que son film “redonne le moral”. C’est hélas dans la forme que le bât blesse : les images se succèdent sans jamais se confronter ou se répondre et, purement illustratives, ne semblent pas témoigner d’une logique de mise en scène. Qu’est-ce qui, par conséquent, démarque le film d’un reportage télévisuel ? Quel est l’intérêt d’aller le voir sur grand écran ? Malgré toute la sympathie que l’on peut éprouver pour ses divers protagonistes, l’œuvre n’en suscite donc pas moins une interrogation semblable à celle que soulevait, cette année, un autre documentaire (Flore de Jean-Albert Lièvre, dans lequel ce dernier livrait le portrait de sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer). Dans les deux cas, il semble que les auteurs cèdent à un même écueil, qui consiste à penser que toute chose vécue vaut d’être partagée (le seul fait qu’elle nous tienne à cœur lui permettant d’accéder à une ampleur universelle) et à estimer, surtout, qu’avoir une histoire à partager dispense d’avoir à la problématiser ou à lui donner une forme. _P-J.M.