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Eden

Pour son quatrième film, Mia Hansen-Løve choisit un sujet qui, une nouvelle fois, la touche de près mais ne la concerne pas directement. Comme Le Père de mes enfants lui avait été inspiré par sa courte rencontre avec Humbert Balsan, avant son suicide soudain, Eden est le récit des années DJ de son frère et d’un courant musical qu’elle a connu à travers lui. Longue chronique de ces années techno, le film relate en creux l’histoire de ce courant, depuis l’insouciance des débuts des raves jusqu’à son “industrialisation” et le probable assèchement de ses richesses. En creux car en s’attachant au parcours spécifique de son frère Sven (ici coscénariste), Mia Hansen-Løve se place de biais, ou comme en dessous. Cette distance crée inévitablement une frustration, l’idée que les choses se passent ailleurs que dans le film, que celui-ci ne démarre jamais vraiment ou qu’il n’a pas de véritable sujet. Mais ce faisant, la cinéaste est sans doute le plus fidèle à sa place réelle vis-à-vis de ces années-là : dans l’ombre de son frère. Et, à cette place, en relatant fidèlement – froidement peut-être – les désillusions de son personnage, elle réussit à transmettre l’idée essentielle de son film : il ne s’est rendu compte de rien ; et l’esprit de l’époque : les choses se faisaient dans une incapacité totale à se projeter, dans un no future qui a duré près de deux décennies, l’art pour l’art en quelque sorte, la beauté du geste, la flamboyance de la nouveauté, puis la cruauté du temps qui a passé “pour rien”, le retour à l’anonymat, sans possibilité de “be kind, rewind”. Il fallait calculer un peu plus. Extérieur à tout cela, le spectateur l’est aussi et peut se trouver gêné d’ausculter ce parcours de loser, filmé par une ogresse. Car chez Hansen-Løve, la douceur est un peu glaçante et l’élégance subtilement vénéneuse. _Ch.R.