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Écrivains Des Frontières – Un Voyage En Palestine

En mars 2002, le poète palestinien Mahmoud Darwish invite, dans sa ville assiégée de Ramallah, une délégation du Parlement International des Écrivains. Elle comprend deux prix Nobel de littérature, le Nigérian Wole Soyinka et le Portugais José Saramago, l’Américain Russell Banks (« De beaux lendemains » et « Affliction », président du PIE), l’Italien Vincenzo Consolo, le Sud-Africain Breyten Breytenbach, le poète chinois Bei Dao, l’Espagnol Juan Goytisolo, et le Français Christian Salmon, directeur du PIE. On suit les huit écrivains pendant leur voyage… On sillonne avec eux la ville, grouillante de vie. Au camp Al-Amari, de vieilles Palestiniennes crient leur colère. Des chars sillonnent les rues, des enfants jouent au cerf-volant. Face au public (au théâtre El Qassaba), ou lors de rencontres avec des artistes, ils témoignent. Pour R. Banks, « il est évident que le langage qui a été utilisé pour décrire votre douleur et votre histoire a été corrompu, abîmé et vicié, et doit être réinventé pour que le reste du monde entende votre histoire ». Ils déchiffrent difficilement le paysage brouillé, émietté, bétonné. Ici, « la guerre sert à défaire la géographie ». Soyinka dénonce le « programme d’humiliation » de Sharon. Un paysan exproprié pleure. À l’université de Bir-Zeit, Banks confirme, par sa présence, son engagement, mais Soyinka rappelle que l’empathie peut aussi exister par l’imagination. Arafat les reçoit, leur fait une leçon d’histoire. Guidés par Leïla Shahid, ils visitent la Cisjordanie. Saramago fait le parallèle avec les camps de concentration et, face aux critiques, préfère « être victime de la propagande à bon marché palestinienne plutôt que de la propagande coûteuse d’Israël ». À Tel-Aviv, ils rencontrent des écrivains et des pacifistes. Uri Avnéry (Bloc de la Paix), constatant les points de vue inconciliables que les deux peuples connaissent dès qu’il s’agit de se raconter, propose « d’intégrer les deux narrations en un récit conjoint du conflit ». La pacifiste Yehudith Harel affirme la légitimité de la résistance palestinienne. Breytenbach lit une lettre ouverte à Sharon : « Les injustices passées ne justifient ni n’excusent vos actes fascistes actuels. La puissance n’est pas le droit ». Ils visitent enfin la bande de Gaza, avec son habitat et ses ruines surréalistes. Pour Banks, toute cette violence est grotesque et masochiste. Trois jours après leur départ, les soldats israéliens investissaient El Qassaba, « comme s’il s’agissait de mettre en pièces la possibilité d’un langage retrouvé, comme s’il fallait mettre en acte la métaphore de cette guerre verbicide ». Ce voyage, acte de solidarité entre écrivains, méritait certainement un tel reportage. Cependant, il n’y a pas là de réel projet cinématographique. Les analyses faites dans ce journal de bord sont certes respectables, mais toutefois trop rapides pour apporter du neuf.M.B.