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Du Mali Au Mississippi

L’Encyclopédie « scorsesienne » du blues, troisième des sept tomes. Après la chaleureuse résurrection de Blind Willie Johnson, Skip James et J.B. Lenoir par Wenders (THE SOUL OF A MAN [v.p. 526]) et la plus classique évocation de B.B. King et consorts du Tennessee (LA ROUTE DE MEMPHIS, R. Pearce [v.p. 497]), et en attendant Figgis ou Eastwood, Scorsese lui-même s’attaque au blues rugueux et encore rural du « delta », non pas l’embouchure du Mississippi, mais cette morne plaine jadis soumise à de terribles inondations (dont on voit quelques images d’archives), parcourue par la devenue célèbre « route 61 », et où se rencontrent la Yazoo River et le fleuve à Delta, justement, à mi-chemin entre Memphis et la Nouvelle-Orléans. Belle idée que d’avoir confié au jeune et très talentueux bluesman Corey Harris – que l’on voit et entend jouer par deux fois avec le très bon Keb Mo – le rôle de guide dans ce voyage. Un voyage aussi passionnant que décevant. Décevant, tout d’abord, par sa durée. Une heure vingt et une seulement, et même pas une heure pleinement consacrée au « delta » et à ses musiciens. Ils méritaient plus, et ils méritaient mieux aussi que cette réalisation trop classique : la rencontre de C. Harris et Ali Farka Touré semble interminable, tant ce dernier pontifie et assène sentences sur truismes. Et surtout, vouloir faire de la musique traditionnelle des noirs du Mali LA source du blues, contredit les travaux de John et Alan Lomax, pourtant amplement cités par Scorsese, ou ceux de Le Roi Jones (amplement ignoré, lui…), et nombre de musiques que fort heureusement on peut ici (re)découvrir. On entend donc – très rares documents d’archives – le légendaire Robert Johnson, mort à 26 ans en 1938, « Son » House, autre légende, spécialiste du « bottleneck », longuement évoqué par son impresario et ami Dick Waterman. On retrouve aussi, bien sûr, plus ou moins fugaces, Leadbelly ou Muddy Waters et, bien qu’il soit pourtant plus représentatif du blues urbain de… Detroit que de la musique de son « détroit » natal, le grand John Lee Hooker. Et surtout, l’extraordinaire Otha Turner, interviewé chez lui à Senatobia, cabot succulent, joueur et fabriquant de flûtes de canne, expert en percussions polyrythmiques (proches de la tradition du sud-est africain), et dont l’orchestre (« The Rising Star Fife and Drum Band »), qui clôt superbement ces quatre-vingt et une minutes, sonnait parfois comme un bagad beaucoup plus celtique que… malien : à lui seul, il aurait mérité tout un film.Ch.B.