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Disneyland, Mon Vieux Pays Natal

Avec son format court, sa structure fragmentée, sa forme hybride (entre documentaire sociologique, essai philosophique et pur poème), ce film s’impose d’emblée comme un ovni, en marge de tout et comparable à rien. Il s’agit au départ d’un reportage sur EuroDisney. Mais, immédiatement, le projet est transformé en une plongée vertigineuse dans le mythe de l’enfance. Et puis, très vite, il devient perceptible que c’est aussi une plongée dans la mécanique charmeuse et perverse des sociétés capitalistes. Une plongée qui se présente comme à la fois feutrée et angoissante. Qui ne nous agresse pas, mais diffuse un étrange malaise, et bouscule en douceur notre esprit. Dès la première séquence, sur les images du train conduisant à Marne-la-Vallée, la voix de des Pallières raconte l’histoire du joueur de flûte de Hamelin, qui, par vengeance, emporta tous les enfants de la ville, en les charmant avec sa musique. Par ce biais détourné, le cinéaste pose la dimension politique de son propos, tout en nous faisant déjà glisser dans l’univers des contes. Il réussit donc dans le même temps à nous faire retrouver les plaisirs de l’enfance (l’histoire racontée au creux de l’oreille), et à solliciter nos consciences d’adultes par l’aspect métaphorique évident de son récit. Par la suite, il ne cessera d’agir de la même manière : en se posant à la fois en candide et en critique, en s’efforçant à la fois de nous endormir et de nous éveiller. La force du propos, son originalité, viennent donc ici de la forme employée. En effet, là où il eut été facile d’entrer à Disneyland solidement accroché à sa lucidité d’adulte, pour aller filmer l’envers du décor et monter un accablant dossier à charge, des Pallières choisit de faire comme s’il jouait le jeu. Le décor, la surface brillante, il reste le nez dessus. Il s’en saoule comme un enfant. Il ne sous-estime pas son pouvoir : il en rend compte. Il le restitue. Mais en l’adaptant, en le détournant peu à peu. En ce sens la séquence sur les « revendications syndicales de Dingo » est exemplaire. En effet, elle est celle qui répond le plus directement à ce que l’on pouvait attendre d’un tel film (une dénonciation de l’exploitation pratiquée dans un temple du rêve). Mais elle le fait de façon tout à fait inattendue, à la fois directe et poétique. Car c’est par la poésie, et la suggestion, que des Pallières choisit de dénoncer un système infantilisant, où le rêve, l’idéal du bonheur, et la beauté de l’état d’enfance deviennent des outils de domination sociale. Et cette méthode, sans doute bien plus que l’investigation ou le raisonnement, bouleverse et marque durablement.N.M.