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Démocratie Année Zéro

Que nous apprend, sur les bouleversements politiques tunisiens de ces dernières années, ce documentaire de 98 minutes, et que n’aurait fait un bon exposé oral de 10 minutes ? Pas grand-chose. Avec sa démarche scolaire, Christophe Cotteret ne réussit pas à nous faire croire qu’il a parié sur la force du cinéma pour se saisir des événements politiques tunisiens et montrer comment la vie s’est insinuée là où on ne l’attendait pas, avec toutes ses contradictions et sa part sombre (dans une révolution, chacun des camps qui s’affrontent est traversé de tensions contraires). Ce manque d’intérêt pour capter ce qui surgit ici et maintenant est évident, à cause du peu d’importance accordée aux séquences – les plus intéressantes, ou plutôt les moins verrouillées par la bien-pensance – où certains protagonistes importants des mouvements sociaux ayant poussé Ben Ali à abandonner le pouvoir cabotinent, car ils se savent filmés. Nombreux sont ceux qui, au cour des événements, ont eu, en effet, conscience du rôle décisif que pouvaient jouer les médias, et surtout Internet. Filmons avec nos téléphones portables ce qui se passe dans la rue, en trichant même parfois un peu, afin de faire croire que chacun est en faveur d’un changement de régime (c’est de bonne guerre), et mettons les images obtenues sur les réseaux sociaux, afin d’amoindrir le discours du pouvoir en le relativisant, et en proposant à chaque internaute de s’identifier aux “combattants pour la liberté contre le tyran”. Sans jamais regretter, bien sûr, le régime de Ben Ali, il est agaçant d’être pris en otage par le discours lénifiant du film. En outre, ces scènes dans lesquelles des avocats, des leaders politiques de l’opposition ou des syndicalistes “font l’acteur”, jouent ou rejouent au chevalier blanc qui va terrasser le dragon de la tyrannie sont trop rares. Et Cotteret n’en tire rien d’intéressant. Il n’a pu ni voulu capter “le cinéma” de la révolution. D’une part, il aurait fallu s’intéresser à la scénographie, ne pas prendre pour argent comptant ce qui est dit devant la caméra, c’est-à-dire ne pas garder que les propos informatifs. D’autre part, il aurait fallu se préoccuper de durée. Ici, le montage ne fait que raconter une affaire entendue. Or le cinéma et la révolution sont des arts de la scène – qui dure – et du temps – qui passe et qui se décante “après coup”. Cotteret s’abandonne à la tentation de créer, par le montage d’images de provenances diverses (les siennes, celles de portables, celles de la télévision tunisienne…), une apparence d’objectivité. Le ton obtenu, malgré les différences d’âge, d’idées politiques, de milieu et de culture des intervenants, est monolithique. Pas facile de filmer la révolution. Par moments, on a même l’impression que tel témoin n’a pas réalisé sur le coup l’importance de ce qu’il voyait, de ce qu’il vivait, et qu’il amplifie ce qu’il raconte pour persuader celui qui l’écoute (et lui-même certainement), qu’il sait être dans le ton de la grandeur historique. Là encore, dommage que Cotteret ne se soit pas intéressé à ce décalage entre les faits et leur récit ; c’est-à-dire à ce qu’il convient d’appeler de la mise en scène. _P.F.