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D’autres Mondes

Avec BLUEBERRY [v.p. 105], Jan Kounen sortait d’un silence cinématographique de sept ans. En adaptant la BD culte, le cinéaste avait pris tout le monde à contre-pied en optant pour une approche résolument mystique. D’AUTRES MONDES permet de mieux comprendre ce choix. En effet, entre DOBERMANN et BLUEBERRY, Kounen a profondément évolué, cherchant à se découvrir et s’affirmer spirituellement. Le cinéaste évoque ici le cheminement personnel qui l’a conduit à la découvertedu chamanisme chez les Shipibo-Conibos, au Pérou. Jusqu’à présent assez peu traité, le chamanisme est, d’une façon générale, un sujet assez mal connu. Le but de Kounen est donc, avant tout, de témoigner en faveur de cette « science » en en proposant une image objective et débarrassée des clichés new age ou psychédéliques. Il se fait un devoir de raconter les expériences qu’il a vécues au contact du chaman Kestenbetsa. Il fournit vite quelques éléments pour définir ce chamanisme : le rôle de Kestenbetsa, à la fois docteur et guide spirituel, ou les propriétés de l’ayahuasca, la plante sacrée shipibo. Avec de multiples témoignages d’experts scientifiques, mais aussi d’artistes (dont Jean Giraud, créateur de « Blueberry »), le chamanisme est replacé dans le contexte socio-culturel moderne. La conclusion des experts rencontrés par Kounen est toujours la même : le chamanisme est une source d’informations scientifiques, médicales et humaines encore inexploitée (à tort) par la société occidentale. Lorsque Kounen décrit ses premières séances de « transe », il le fait avec sincérité et simplicité, et l’impact n’en est que renforcé. Mais il n’oublie pas de parler des risques qu’il a rencontré lors de son initiation (comme cette courte schizophrénie dont il a été victime) : le chaman apparaît alors comme un guide nécessaire pour ceux qui veulent contrôler les effets psychotropes des plantes sacrées. Cependant, Kounen tombe parfois dans le piège du didactisme, par exemple en insistant sur l’amalgame à éviter entre cet usage expérimental et curatif des drogues, et la toxicomanie « de fuite » pratiquée en Occident. Il parvient malgré tout à créer un lien entre l’expérience chamanique et l’inspiration artistique : l’artiste se doit de faire partager son expérience, de tenter de la retranscrire au mieux (d’où les séquences 3D, déjà présentes dans BLUEBERRY). D’AUTRES MONDES se révèle finalement trop court au vu du sujet : tel un véritable passionné, Kounen hésite trop entre le récit de ses propres expériences et une présentation plus pédagogique du chamanisme. Mais, bien qu’un peu frustrant, l’ensemble reste assez fascinant et instructif.Mi.G.