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Dans La Cour

Avec ses trois derniers films, Pierre Salvadori s’était redéfini comme un orfèvre de la comédie, polissant des mécaniques scénaristiques avec un souci de perfection parfois à la limite du formalisme. Suite à l’échec de De vrais mensonges, vécu comme une remise en cause, il retrouve aujourd’hui la veine des Apprentis, en inscrivant son propos dans une forme libre (la chronique) plutôt que dans un genre codé (la pure comédie, qui, prise au sérieux, obéit à une métrique très précise, dictant le tempo des gags et des péripéties). Salvadori brode ici autour de motifs qui parcouraient déjà sa filmographie : la renonciation à la réussite (De vrais mensonges), l’incapacité à dire non (Après vous), la nature simultanément bénéfique et nuisible d’une amitié construite sur l’association de deux dérives (Les Apprentis), la fuite dans la fiction (la paranoïa remplaçant ici la mythomanie de …Comme elle respire). Mais cette fois, sans pour autant renoncer à exercer son art de la construction narrative, le cinéaste ne cache plus ses obsessions dans le maillage serré de la tapisserie : il les fait passer au premier plan, et privilégie les émotions. En plongeant dans cette cour d’immeuble, il capte aussi quelque chose de très juste sur l’actuel climat de dépression généralisée. Car ici, chacun des personnages – de la conseillère Pôle emploi au voisin architecte -, est soit déjà à la dérive, soit au bord du craquage. Entre humour amer, noirceur sans effusions et élégante mélancolie, le film développe une mélodie douce et chaleureuse, sous-tendue par des nappes de froide lucidité. Reposante enclave en marge de la zone des combats, Dans la cour rend avec beaucoup de classe ses lettres de noblesse à la fragilité humaine. _N.M.