Warning: Cannot assign an empty string to a string offset in /home/www/fdcprod/wp-content/themes/hague/inc/template-custom.php on line 161
Search for content, post, videos

Danger Dave

Le film commence par un accrochage entre le réalisateur et son héros : “T’as envie ou t’as pas envie ?” demande Philippe Petit à David Martelleur. Ce dernier, barbe d’ermite et cheveux drus, semble de bien mauvaise humeur. Le ton monte. “C’est le dernier plan qu’on fait !”, finit par déclarer Petit. C’est que David est un client difficile. Depuis cinq ans, le réalisateur suit ce skateur vieillissant dans ses pérégrinations à travers le monde, de compétition en festival, de beuverie en errance nocturne. Martelleur fut apparemment très bon dans son domaine, et demeure un skateur honorable, mais n’a plus le niveau pour briller face aux petits jeunes. Or, il n’a aucune envie de raccrocher… C’est ce moment de tension entre la réalité du temps qui passe et le déni du sportif, qui refuse d’abdiquer, que tente de saisir le documentaire, au plus près de son personnage. De tous les plans, barbu ou rasé, sobre ou dans un état second, gai ou perdu, Martelleur a tout de l’antihéros de cinéma. Il court à sa ruine, mais on n’arrive pas à le juger. Toujours plus ou moins paumé, imprévisible, il passe sa vie sur la route, parfois pour se rendre à un festival dont le gain se résume à “une épée médiévale pour le skateur qui se défoncera le plus”. Au détour d’un échange avec le réalisateur, on devine que ses relations avec son sponsor ne sont pas simples. Il doit se montrer, faire des photos, ne pas se relâcher. Mais ce qui rend cette fin de parcours pathétique, c’est que, loin de s’astreindre à une ascèse propre à prolonger sa vie sportive, Martelleur mène une vie de bâton de chaise, les diverses soirées auxquelles nous assistons évoquant davantage un “rockumentaire” que le portrait d’un athlète. Une certaine tristesse se dégage de ces “fêtes” hautement alcoolisées et qui semblent si chères à Martelleur, bien qu’elles le tirent inexorablement vers le bas. Ce refus de vieillir, de devenir raisonnable, de faire ce que lui dit son sponsor, cette attitude résolument asociale et autodestructrice font de “Danger Dave” (son surnom de skateur) une figure tantôt pitoyable, tantôt attachante et, parfois, non dénuée d’un certain panache. Une des qualités du film de Philippe Petit tient au fait que Martelleur se confie peu. Pas de retour sur l’enfance, pas de psychologie, de tirade sur le skate comme métaphore de la vie ou autres fadaises. On regarde cet énergumène comme on regarderait un animal sauvage : on voit, on constate, on se méfie, mais on n’en saura pas plus. Tout du long, Petit a choisi d’assumer ce choix, en ne donnant quasiment aucune information sur le contexte des différentes scènes. Si l’on comprend ce parti pris, quelques renseignements de plus n’auraient pas nui. On aurait aimé savoir qui étaient les autres personnages et, au vu du montage non chronologique, où et quand se déroulaient les séquences. En outre, certains passages posent question, comme ces plans insistants de Martelleur quasiment ivre mort. Heureusement, on le voit aussi faire du beau skate, parfois même après une nuit difficile, et l’on se demande alors s’il faut le plaindre ou l’admirer. _G.R.