Warning: Cannot assign an empty string to a string offset in /home/www/fdcprod/wp-content/themes/hague/inc/template-custom.php on line 161
Search for content, post, videos

Cour De Babel

Ils s’appellent Maryam, Djenabou, Luca, Mihajlo, Xin Li, Andromeda, Oksana, Youssef, Miguel Angel, Felipe, Naminata, Ramatoulaye… Ils viennent de Libye, de Guinée, d’Irlande, de Serbie, de Chine, de Roumanie, d’Ukraine, du Maroc, du Venezuela, du Chili, de Côte d’Ivoire, de Mauritanie… Ils ont entre 11 et 15 ans et viennent de s’installer en France, avec leur famille ou pour rejoindre des proches. Ils sont ensemble pour une année au moins, dans une classe dite d’accueil du collège de la Grange-aux-Belles à Paris, classe destinée à améliorer leur français, souvent hésitant, à combler les éventuelles lacunes de leurs parcours scolaires, parfois chaotiques. La variété des raisons de leur déracinement – asile politique et exil économique entre autres – devient, sous la houlette de leur professeur de français, Brigitte Cervoni, formidable pédagogue, source de discussions et de confrontations fécondes. Malgré leurs différences profondes – d’origine, de mode de vie, de niveau social, de religion – elle réussit, au long de cette année charnière, à leur redonner un peu de maîtrise sur leurs destins bousculés. Grâce à elle, la réalisatrice Julie Bertuccelli a pu planter sa caméra entre les murs de cette classe singulière et nous faire partager l’évolution de ce groupe d’adolescents que relient, au-delà de leurs disparités, leurs rêves et leurs aspirations à une vie meilleure et accomplie. La cinéaste, qui n’intervient jamais, a opté pour un dispositif classique où alternent les cours de français, animés d’échanges entre élèves, et les entretiens réguliers de Brigitte Cervoni avec chacun d’entre eux et ses parents, où sont expliqués les avancées et les efforts restants à fournir. Assez répétitif de prime abord, ce rythme, qui s’installe dans la durée, permet à Bertuccelli de saisir des paroles ou des moments précieux et de provoquer, à plusieurs reprises, de réelles émotions. Le départ, en cours d’année de Maryam, aussi douée que jolie, dont la famille a obtenu l’asile et déménage à Verdun, la berceuse ukrainienne superbement chantée par Oksana, le solo de violoncelle joué par Miguel Angel dans un silence admiratif, la colère de Ramatulaye, déçue de ses notes… constituent autant de moments forts captés par une caméra bienveillante et discrète. Essentiellement tourné au sein de la classe, le film s’enrichit, en seconde partie, de deux sorties des élèves : la présentation, au Festival de Chartres, d’une vidéo sur leurs histoires, élaborée en cours, qui leur vaudra un prix et l’examen d’évaluation à la fin de l’année ; moment qui verra aussi le départ pour d’autres missions d’une Brigitte Cervoni très émue. Sans doute pourrait-on reprocher à Julie Bertuccelli de nous avoir présenté un groupe d’élèves aux personnalités particulièrement riches et une enseignante exceptionnelle mais, si elle les a trouvés, c’est donc bien qu’ils existent. Reconnaissants d’avoir pu, grâce à son enthousiasme, découvrir le courage et l’intelligence de ces jeunes étrangers, on est toutefois un peu frustrés de n’avoir aucune information sur le fonctionnement et le nombre de ces dispositifs, minoritaires et donc fragiles, dont on ne peut que souhaiter le développement. _M.D.