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Conversation Animée Avec Noam Chomsky

L’œuvre protéiforme de Michel Gondry s’enrichit d’une nouvelle pousse. Depuis toujours, grosses productions et expériences documentaires (Green Hornet et L’Épine dans le cœur) sont passées au filtre d’un imaginaire débridé et personnel, jouant avec les images comme les enfants avec de la pâte à modeler. Ses films naissent de la résolution d’étranges équations, mêlant des éléments hétérogènes, voire contradictoires. Il s’agit ensuite de les faire interagir avec des ciseaux et de la colle. Non sans un certain aplomb, Gondry s’entretient avec un des grands penseurs de notre temps. Linguiste et philosophe américain de formation, difficile à situer sur l’échiquier politique, Noam Chomsky est aussi un pourfendeur du libéralisme économique, un héritier des Lumières à la sensibilité anarchiste. Les raisons de la mise en place du dispositif, présentées d’emblée par le réalisateur, sont à vrai dire belles, mais un peu fumeuses : la continuité du discours d’un intervenant étant toujours soumis aux aléas du montage, Michel Gondry décide de contourner l’obstacle en ne captant des images de l’entretien que de manière aléatoire. L’essentiel de l’échange est “incarné” à l’écran par des séquences d’animation. La matière de l’entretien, les interventions et questions de Gondry, les réponses de Chomsky sont illustrées par des animations rudimentaires, mais toujours créatives, prenant la forme de courtes boucles visuelles. Le défi réside dans la mise en image de concepts linguistiques et philosophiques. L’animation ne sert pas ici à vulgariser un discours. Elle prend plutôt sa source dans l’expression orale des intervenants, au plus près de leur bouche, et forme des variations virtuoses, abstraites ou réalistes, entre les mots et leurs images mentales. Parfois, la prolifération de sens sature l’image. Les questions vagabondent autour de la biographie du personnage, son approche des modes d’appréhension scientifique du monde, les erreurs de la science classique. On s’intéresse aux conditions d’apparition et de transmission du langage, comment celui-ci conditionne nos mécanismes cognitifs, comment il altère la démarche scientifique avec ses ambiguïtés sémantiques ou grammaticales. Les prises de position politiques du personnage et les polémiques qu’elles ont pu faire naître sont toutefois mises de côté, Gondry privilégiant la dimension philosophique et scientifique de son travail. Le réalisateur n’est pas en retrait. Il nous fait part de ses difficultés de communication et de ses tentatives pour les contourner en traduisant ses questions en dessins. De ces multiples contraintes naît pourtant une harmonie singulière entre une idée de l’un et un texte de l’autre, un concept de Chomsky et un dessin de Gondry. Il s’agit véritablement d’un film fait à la main, dont les coutures et imperfections servent la beauté. Proche ici de Norman McLaren, qui cherchait des équivalences graphiques à des sons, Michel Gondry s’amuse à dessiner des concepts. Cette simple conversation est à la fois un documentaire intéressant, une expérience amusante et un grand film d’animation, véritable concentré archaïque d’inventions visuelles. _J.C.