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Concerning Violence

Voilà un stupéfiant voyage, à la fois dans la force des combats africains pour la liberté des peuples et dans la violence politique qui leur est faite. Violence ici finement analysée par le réalisateur Göran Hugo Olsson, qui établit son travail sur des images d’archives proprement stupéfiantes et récemment retrouvées. Ce sont celles de cinéastes suédois radicaux très engagés intellectuellement contre l’impérialisme, notamment au Mozambique et en Angola, pays dont on voit ici les guerres d’indépendance. Cette mise en perspective permet une nouvelle analyse des mécanismes du colonialisme, ce que viennent éclairer davantage encore les extraits des Damnés de la Terre de Frantz Fanon, ouvrage de référence absolu pour quiconque s’intéresse aux questions de la violence, des guerres de libération et à l’émancipation du tiers-monde, et dont Jean-Paul Sartre rédigea la préface, soulignant par là-même l’intérêt qu’il portait à ce texte. L’idée essentielle autour de laquelle s’élabore la réflexion de Fanon est que “le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence”. Il explore ainsi ce que la pauvreté et l’oppression font à l’esprit et analyse pourquoi un être humain exposé à une telle exploitation peut exploser. Mais, en tant que psychiatre, il avait aussi compris que la décolonisation est un processus qui doit se produire dans les deux sens, car colon et colonisé ont tous deux besoin d’être décolonisés. Et des archives incroyables, dont la puissance n’est pas sans renvoyer à certaines scènes d’Apocalypse Now, exposent frontalement la brutalité évoquée, qu’elle soit idéologique ou physique. Car, ici, la mort est partout présente. Un soldat portugais progressant, concentré et vivant, dans la forêt dense de Guinée-Bissau est mort la seconde d’après, éventré par une mine. Vision d’une sidérante absurdité… Pour autant, cet “essai filmique” n’est pas d’une totale honnêteté dans ses attendus. En effet, il est aussi question de prouver que l’incroyable brutalité de la colonisation est d’abord un héritage, et qu’il trouve à s’exprimer dans les tensions de notre époque. Concerning Violence s’attache donc à comprendre “la profonde hypocrisie qui se trouve au centre des valeurs occidentales et qui sous-tend l’ordre mondial actuel”. Diantre, voilà qui permet à bon compte, une fois encore, de dédouaner de leur responsabilité les peuples colonisés ayant accédé à l’indépendance en Afrique il y a maintenant cinquante ans pour embrasser aussitôt (et maintenir) des régimes autocratiques. Car le film accompagne Fanon dans la radicalité de sa pensée, lui qui estimait que l’établissement de régimes postcoloniaux serait habité, possiblement de manière irrationnelle, par l’exercice de la violence subie par les colonisés. Un raisonnement censé illustrer pourquoi, si le combat fut digne, il a le plus souvent laissé place à des potentats locaux occupés à leur seule voracité. Voilà qui est faire bien peu cas de la possibilité d’une responsabilité des peuples face à l’Histoire. C’est là clairement une autre forme de mépris. _N.Z.