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Comrades

Quatrième et ultime réalisation de Bill Douglas (après une trilogie d’inspiration autobiographique, ressortie en salles l’an passé), Comrades était jusqu’à présent demeuré inédit en France. L’auteur faisant ici de George Loveless, leader d’une poignée de laboureurs envoyés au bagne pour s’être constitués en syndicat, une figure christique (après tout, les héros de cette histoire sont connus au Royaume-Uni sous le nom de “martyrs de Tolpuddle”), Comrades peut s’envisager comme les Actes de ses apôtres. Si Douglas en appelle à leur exemple pour dire la permanence de la lutte des classes (le film sort dans l’Angleterre de Thatcher, après que celle-ci a éreinté les syndicats britanniques), son récit ne s’en trouve pas pour autant assujetti à ses possibles échos contemporains, ni cantonné à des visées de matériel militant : de la composition des plans (des laboureurs de Douglas à ceux de Millet, il n’y a parfois qu’un pas) à la photographie, splendide (des ciels plombés du Dorset aux bleus et ocres francs de l’Australie), le souci d’édifier ne va pas sans l’ambition d’une forme. D’autant plus que l’auteur ne se borne pas à la question politique : la présence d’Alex Norton, interprétant pas moins de treize rôles (lanterniste ambulant, silhouettiste, montreur de diaporama…) est l’occasion, parallèlement au récit principal, de passer en revue une foule d’appareils proto-cinématographiques. C’est ainsi dans l’équilibre entre deux marottes, dignité des classes laborieuses et magie d’un art naissant, que réside le succès du film, où s’originent deux révolutions – l’une sociale, l’autre technique -, et dont Douglas témoigne ici en évangéliste inspiré. _T.F.