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Claude Sautet Ou La Magie Invisible

Claude Sautet est déjà très malade quand, au début de l’année 2000, il accepte de revenir sur les films de sa vie au cours de longs entretiens avec le documentariste et critique de cinéma N.T. Binh et son complice D. Rabourdin. La volonté, et dernière élégance, de C. Sautet est de ne pas être filmé. De ce qui aurait pu être une frustration pour le spectateur, le film fait un atout et c’est par la voix, parfois lasse, souvent étonnamment ferme, du réalisateur (qui connaissait quasiment son œuvre plan par plan), que se déploie le parcours et la personnalité complexe de celui qui nous offrit tant de belles émotions en treize films et vingt-cinq années. Le dispositif est d’une totale simplicité : chronologiquement, C. Sautet commente quelques séquences marquantes de ses films, de CLASSE TOUS RISQUES (1960) à NELLY ET MONSIEUR ARNAUD (1995), révélant, au-delà du scénario et des dialogues, le souci du détail, l’importance accordée au physique et à la recherche plastique dans ce qu’il considérait comme un artisanat de luxe. Mais il s’autorise aussi plusieurs digressions, oubliant le micro grâce à l’écoute et au talent des deux documentaristes, et livre ainsi ses contradictions et ses doutes, ses idéaux déçus, ses exigences et ses colères (théâtralisées), sa difficulté à écrire et donc la nécessité pour lui de pouvoir compter sur des auteurs comme Claude Néron (MAX ET LES FERRAILLEURS, MADO…) ou J-L. Dabadie, puis J. Fieschi. De cette parole, libre et scrupuleuse sans impudeur, jaillit le portrait riche et contrasté de celui qui disait, à la fin de sa vie, ne pas savoir qui il était, mais qui, sans volonté de virtuosité, tissa son œuvre des choses de sa vie, atteignant, selon son expression, cette obsédante « magie invisible », et nous touchant au cœur. Après sa disparition, N.T. Binh et D. Rabourdin ont inclus dans le corps du film les témoignages de quelques amis proches et collaborateurs,qui complètent et confirment la figure d’un créateur artisan, attaché à mettre son humanité, traversée par les courants politiques, sociologiques et culturels de son temps, au service d’un cinéma « reflet ». Si l’on peut regretter le manque de témoignages d’acteurs (seul J-P. Marielle intervient), de documents d’archives et le traitement par trop égalitariste des films évoqués, on ne peut, en revanche, que rendre hommage au ton à la fois passionné et pédagogique, qui donne envie de se précipiter revoir tout Sautet. Pari gagné, donc. Un dernier mot pour saluer l’apparition de Graziella, l’épouse du réalisateur, disparue depuis, et qui se qualifiait si joliment elle-même d' »enleveuse de doutes »!M.D.