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Cinévardaphoto Quand La Photo Déclenche Le Cinéma

En 2004, Agnès Varda visite à Munich une exposition conçue par l’artiste et collectionneuse Ydessa Hendleles : « The Teddy Bear Project », une accumulation de milliers de photos anonymes tapissant les murs d’une galerie et ayant pour seul point commun de contenir la présence d’un ours en peluche. Toujours prête à s’abandonner à ses coups de cœur, et à les prolonger de façon créative, A. Varda filme l’expo et part à la rencontre d’Ydessa pour cerner sa démarche atypique. La quête obsessionnelle de cette glaneuse américaine, d’origine juive allemande, nous conduit à nous questionner sur nos origines et sur l’histoire du XXe siècle. La confrontation de ces photos avec des installations d’arts plastiques crée même un certain malaise. Varda fait de cette rencontre un moyen-métrage de 45 minutes : YDESSA, LES OURS ET ETC. Celui-ci constitue le tiers inédit, donc le morceau de choix, de ce programme thématique qui, à travers trois films et quarante ans, revient sur ses rapports avec sa première passion : la photographie. Quarante ans ? Plutôt cinquante, car ULYSSE (1982, César du docu 84) a pour point de départ un cliché pris par la cinéaste le 9 mai 1954, à l’époque où elle était la photographe attitrée du TNP. Et cette photo est un appel à voyager dans le temps : elle représente Fouli Elia, un Égyptien qui était alors le voisin d’A. Varda, nu, aux côtés du petit Ulysse, fils d’émigrés espagnols républicains, et de la carcasse d’une chèvre, sur les galets de la plage normande de Veules-les-Roses. La cinéaste analyse ce vieux cliché, aux résonances mythiques, le replace dans son contexte, convoque les modèles, ainsi que Bienvenida Llorca (la maman d’Ulysse) et, ce faisant, nous parle d’elle. Le troisième film, SALUT LES CUBAINS (1963), qui se propose d’envisager la révolution cubaine par tous les bouts de la lorgnette en même temps, en vingt minutes et des centaines d’instantanés au banc-titre, parait plus fade, par manque de recul et de mise en perspective, qu’elle soit personnelle ou collective. CINÉVARDAPHOTO résume ainsi, en trois clins d’œil, cinquante années d’une œuvre à la fois humble par sa spontanéité et ambitieuse par son ampleur de perpétuel « art in progress ». Son style si particulier, Varda était parvenu en 2000 à le définir grâce à l’image de la glaneuse. Cette idée du glanage se décline ici sous diverses formes. Glanage d’images, de portraits, de petits détails observés à Cuba. Glanage d’informations, de digressions et de rêveries à partir d’une seule photo dans ULYSSE, plongée abyssale et ludique dans le mystère d’une image. Et puis condensation de tout cela dans YDESSA qui parle d’une expo-collection, et tourne autour des images en essayant d’embrasser tout en même temps : ce qu’on en voit, ce qu’on en sait, et ce qu’on en imagine ; celui qui est exposé et celui qui regarde. Une déambulation riche, surprenante et légère.L.R.