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Chiens Errants

Même s’il s’est depuis lancé dans de nouveaux projets, Tsai Ming-liang, très malade à l’époque de la réalisation des Chiens errants, avait annoncé qu’il s’agirait là de son dernier film, et confiait le déclin de son envie de cinéma. Cette lassitude se traduit, à l’image, par l’étirement extrême de certaines séquences, à la limite du supportable : on peut ainsi voir une femme se peigner, ou un homme manger un chou cru, pendant plus de cinq minutes et en plan fixe. Pour autant, cette lenteur, ce côté dépouillé, ce minimalisme extrême des actions comme des paroles, n’est pas sans servir la mélancolie profonde qui enrobe le film : la solitude des être humains, laissés à la dérive, survivant en marge de la société, vivant de petits boulots sans intérêt et dormant dehors, fait écho à la tristesse infinie dégagée par une mégalopole malade, aux carrefours anonymes et bruyants, où les bureaux modernes côtoient des immeubles en ruine et des friches industrielles à l’abandon – il s’agit de la ville de Taipei, même si cela n’est jamais mentionné explicitement dans le film. Ainsi, si au premier abord, l’âpreté de la mise en scène a tout pour rebuter un spectateur non averti, elle a également pour grande qualité d’être cohérente de bout en bout, et de livrer en quelques occasions, pour peu que l’on accepte de surmonter son ennui, quelques moments d’émotion d’une rare intensité. Comme si, à force de voir un comédien, ou un paysage à l’écran, on en venait à oublier totalement la présence de la caméra, et donc à être captivé par la simple réalité des choses. Pur talent de cinéaste, ou expérience limite ? La frontière est ici ténue, mais l’expérience, en tout cas, vaut le coup. _F.B-P.