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Chaparri

Dans le nord du Pérou, la forêt sèche de Chaparri, territoire austère dévasté par vingt ans de chasse, de déboisement intensif et d’exploitation minière, abrite maintenant une réserve naturelle, peuplée d’animaux en voie de disparition (dont le fameux et charmant ours à lunettes) et gérée par des “comuneros” locaux. Avec ce film, André Charles-Dominique, ancien ingénieur agronome, et Nathalie Granger-Charles-Dominique, chorégraphe reconvertie dans le documentaire, témoignent de cette double renaissance : celle d’une nature désormais luxuriante et celle d’anciens paysans sans terre, qui ont su aussi bien s’approprier leur environnement que s’emparer de leur destin – ou plutôt, lier vertueusement leur destin à leur environnement. Car ces quelque cinq cents familles ont décidé de lutter en se constituant en “communauté écologique”. Leur pari : un animal vivant vaut plus qu’un animal mort (de quoi bouleverser durablement les us et coutumes de tous ces villages de chasseurs). Autrement dit, pratiquement, un animal “rapporte” plus, puisque la réserve génère un tourisme qui finance le développement des écoles et des services de santé locaux. Et, symboliquement, sa valeur rejaillit sur l’ensemble du groupe, qui reconquiert ainsi, dans cet accomplissement autonome et collectif, une fierté et une dignité perdues. En immersion, filmé à hauteur d’homme et émaillé d’interviews des différents comuneros, le documentaire a la force d’un constat. Loin d’asséner un discours idéologique ou militant, il donne à voir humblement la puissance d’une utopie en marche, qui, en réconciliant les hommes avec la nature, les réconcilie surtout avec eux-mêmes et, partant, avec leurs croyances, puisque la forêt, longtemps considérée comme maudite, revêt désormais un caractère sacré. De grands concepts écrasants ou abstraits (l’écologie, l’harmonie avec la nature, la générosité, le partage, l’engagement communautaire) prennent ici un sens concret et sensible. Chaparri ne tombe pourtant pas dans l’angélisme et n’élude rien des difficultés d’une telle entreprise : braconnage, risque de récupération du projet, dépossession des terres au profit de la culture intensive d’agrocarburants, etc. Le film témoigne même du patient travail de pédagogie auquel se livrent quotidiennement les gardes du parc. Scène clé du documentaire : ces derniers partent, des jours durant, en expédition jusqu’aux Andes amazoniennes pour récupérer un ours capturé par un braconnier peu conciliant. Le palabre qui s’ensuit, devant tout le village rassemblé sous la surveillance de la police locale, est un modèle de négociation, traduisant l’incessant et nécessaire jeu d’argumentation et de contre-argumentation qui conduit l’interlocuteur récalcitrant à reconsidérer doucement sa position et même son point de vue sur le monde dans lequel il vit. À défaut de recevoir l’argent qu’il réclamait pour la remise de l’ours, le braconnier se voit offrir un séjour à Chaparri pour qu’il puisse s’en inspirer et, à son tour, modifier tout l’écosystème de sa communauté. Et le spectateur de se retrouver, au terme de son propre séjour à Chaparri, séduit et convaincu lui aussi… _C.L.