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Chante Ton Bac D’abord

Ils s’appellent Gaëlle, Alex, Caroline, Nicolas, Rachel et Alice. Ils habitent à Boulogne-sur-Mer, sont en terminale et préparent le bac. Pendant un an, le documentariste David André les a suivis dans ce moment charnière de passage à l’âge adulte. Entre angoisses et ambitions pour le futur, ils se dévoilent en mots mais aussi en chansons. David André signe peut-être là son documentaire le plus “expérimental”. À la fois social et musical, le film oscille entre captation du réel et envolées lyriques. Et si l’arrivée de la première chanson peut surprendre, David André réussit son pari et mêle les deux registres avec habileté. Pourtant, l’introduction nous laissait dubitatifs. En voix off, la sympathique Gaëlle présente sa bande de copains : des “ados un peu rebelles, souvent paumés, avec des rêves plutôt que des plans de carrière”. Difficile de faire plus banal pour parler de l’adolescence… De manière assez scolaire, chacun prend ensuite la parole, et la pose, pour se présenter. Et susciter l’agacement, voire une franche irritation. “L’année dernière j’étais dans ma phase “rien à foutre”, explique Alex, le punk rondouillard et piercé, dans une attitude n’indiquant en rien que l’année qui s’annonce sera différente. “Si je dois me présenter, je dirais que je suis nulle, complètement nulle”, résume Caroline, mollement. Un rien les “soûle”, tout est “galère”. Bref, circulez, y a rien à voir, en tous cas rien de bien nouveau. Et pourtant, on reste, bercé par la petite musique des aventures de cette bande plus attachante qu’il n’y paraît : chaque élément de la troupe a une personnalité bien marquée et tous s’imposent comme de vrais personnages de fiction. Surtout, les élèves sont à la fois objets et sujets du documentaire. Ils ont participé à l’écriture des chansons et se sont approprié le dispositif avec un sens inné de l’image. Les paroles des mélodies les représentent avec justesse et humour. Rachel, “la cavalière qui prend ses grands airs” ; son petit ami, l’étrange Nico, au tropisme gainsbourien ; Alex, le rouquin qui “ressemble à Baloo dans Le Livre de la jungle”. On comprend au passage d’où vient son insouciance. Atteint tout petit d’une leucémie, il a été traité en chimiothérapie pendant deux ans. Ce qu’il résume par une pirouette : “Je pourrais mourir d’un deuxième cancer, alors je ne veux plus m’en faire !”. Sa petite amie Caroline, “la nulle”, ambitionne de devenir anthropologue mais souffre d’un déficit insondable de confiance en elle. Gaëlle rêve des Beaux-arts pendant que son père s’escrime jour et nuit sur le port… Qu’ils soient ouvrier, professeur ou au chômage, les parents, eux, sont d’accord sur un point : “l’avenir n’est plus par ici”. Car à Boulogne, “l’hiver est long et l’avenir est flou”, résume Gaëlle dans une formule lancinante. Et ainsi, au fil des saisons, la fluidité de la mise en scène saisit une réalité difficile, mais pas dramatique, bien mieux que n’importe quelle thèse sur la crise économique. Le regard précis et bienveillant d’André donne à voir le panache de ces jeunes qui ont le courage d’aller vers leurs rêves et leurs envies plutôt que de céder à la morosité ambiante. Une leçon de vie et un coup de fraîcheur bienvenus ! _I.B.