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Chambre Bleue

Constitué exclusivement de bribes de souvenirs arrachés à un homme lors de son interrogatoire, La Chambre bleue est probablement un des plus nébuleux romans de Georges Simenon, un de ces puzzles mentaux, poisseux, intenses et hypnotiques, dont il avait le troublant secret. Autant dire : un roman inadaptable. Et pourtant, Mathieu Amalric, épaulé par l’actrice Stéphanie Cléau, relève haut la main le défi de cette adaptation. Il parvient même à trouver une forme cinématographique en totale adéquation avec le style de l’écrivain. Attentive au moindre détail, sa caméra joue sans cesse sur la profondeur de champ, accentuant certains détails pour en laisser d’autres, littéralement, dans le flou. Usant d’un montage habile, il procède ainsi par vignettes impressionnistes et mêle les époques sans jamais rompre le fil de son récit. Les scènes qui, dans la plupart des polars, ont des allures de passages obligés (arrestations, interrogatoires, procès) prennent ici un sens inédit. Car La Chambre bleue est un film d’intérieur au sens fort du terme : Amalric entraîne de force le spectateur dans la tête du personnage principal – qu’il interprète avec une rare économie de moyens -, effleurant ses zones d’ombre, laissant ses silences en suspens. Il traduit alors toute la densité de l’intime, dont la complexité ne peut qu’échapper à ceux qui se placent en analystes et juges. Passée au crible du soupçon et du doute, toute histoire est condamnable et chacun d’entre nous apparaît comme un coupable en puissance. Respectant tout à la fois l’esprit et la lettre du roman, La Chambre bleue impose Amalric en digne successeur de Claude Chabrol et de son envoûtante adaptation de Betty. Brillant. _C.L.