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Chalvet

Au début de l’année 1974, un vent de révolte souffle sur les plantations agricoles martiniquaises. Les ouvrières et ouvriers ne supportent plus de travailler sans contrats, sans horaires, dans des conditions d’hygiène et de sécurité déplorables, sous le joug d’un patronat de plus en plus autoritaire. Guidés par de jeunes militants habités des idéaux d’extrême-gauche issus des événements de Mai-68, ils se mettent en grève. Alors que leur mouvement est proche d’atteindre l’objectif de la grève générale de toute la filière d’exploitation, ils sont arrêtés dans leur élan. Le 14 février 1974, la marche d’une centaine d’ouvriers agricoles est réprimée dans le sang à Chalvet, au nord de la Martinique : il y aura un mort et quatre blessés graves. C’est sur ce drame historique et son contexte que revient le film. Ainsi, la réalisatrice adopte d’abord une démarche d’historienne. Le documentaire rend compte, par le biais de nombreuses images d’archives et de témoignages, de l’histoire de la Martinique et des changements qui s’opérèrent à cette époque. Néanmoins, il y a la volonté d’accorder une place privilégiée au récit personnel des protagonistes. L’anecdote intime apporte alors une émotion palpable mais, en contrepoint, elle donne à l’ensemble un aspect très didactique, avec une narration un peu trop chronologique. La mise en scène s’élabore donc à travers des paroles, mais également à travers des gestes : les témoins reviennent sur les lieux, refont le trajet qu’ils ont emprunté quarante ans auparavant. Par ailleurs, si le film s’organise principalement autour des témoignages des ouvriers agricoles et des militants de l’époque, il laisse également s’exprimer d’autres acteurs de ces événements : forces de l’ordre ayant participé à la répression, patronat et pouvoir politique. Ce souci d’objectivité est honorable, mais le point de vue et le regard de la cinéaste semblent peu à peu se dissoudre dans cette approche historiographique. Il est également dommage que la narration s’en tienne à une énonciation méthodique des faits. Car cela donne au film, hormis lors de quelques passages particulièrement intenses (la répression, la découverte du corps torturé d’un jeune ouvrier sur la plage), un rythme assez lent. Enfin, celui-ci s’achève en demi-teinte, puisqu’il n’y a pas de réponses apportées aux enjeux politiques qui ont été soulevés : on ne sait pas, par exemple, si les revendications des ouvriers agricoles ont été finalement satisfaites. Chalvet a, néanmoins, le mérite de revenir sur des événements tombés dans l’oubli et de traiter des problèmes universels : les conditions de travail, en particulier dans le monde ouvrier, le combat des hommes face à la misère, leur résistance et leur engagement politique… Il interroge également la manière dont on filme et raconte l’Histoire. À ce propos, il réussit à élaborer une mémoire plurielle, où se mélangent avec pertinence et émotion anecdotes personnelles et événements historiques. Toutefois, il est bien souvent difficile de cerner les intentions de la réalisatrice, qui s’efface trop derrière son sujet, rendant le film certes intéressant, mais quelque peu impersonnel. _A.E.