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Ceuta, Douce Prison

Sans faire preuve d’un cynisme classificateur, force est de constater que le documentaire sur les immigrés, ou sur les centres voués à les accueillir, est en train de devenir un genre à part entière, avec filmographie afférente. Ce qui ne remet absolument pas en cause la sincérité de chacun des films concernés, de leurs cinéastes ou de leurs protagonistes. Suivre pendant des mois, voire des années, des êtres rongés par les épreuves ou la solitude ne s’accomplit pas sans une vraie foi dans le pouvoir du cinéma, apte à faire éventuellement bouger la société, même légèrement. Néanmoins, cette profusion ne va pas sans conséquence : les œuvres en question doivent presque se battre pour se faire remarquer, ironie pénible en ce qu’elle révèle à quel point la misère humaine peut devenir banale à force de représentations. Ceuta, douce prison présente donc une particularité, géopolitique en premier lieu. Tout le documentaire se déroule en effet à Ceuta, ville située au Maroc mais relevant de la souveraineté espagnole. Un grand mur sépare le Maroc de l’Europe, terre promise vers laquelle sont tournés tous les regards des migrants en situation irrégulière. C’est ici qu’échouent beaucoup d’entre eux, dans un centre nommé le CETI, où ils attendent un éventuel passage pour l’Espagne. Loin d’être un enfer, Ceuta est une destination touristique baignée de soleil et dotée de beaux paysages. Le décalage n’en est que plus fort entre ce cache-misère et la réalité des errances amères de ceux qui, face à la caméra, témoignent des épreuves qu’ils ont dû traverser pour arriver là, de leur déception devant le résultat, sentiment récurrent puisqu’ils tentent sans cesse de prévenir leurs neveux ou cousins de ce qu’est la vérité de l’exil européen, des désillusions qu’il occasionne. Jusqu’à la question que finissent par se poser certains d’entre eux : n’aurait-il pas été préférable de rester au pays ? Au bout du compte, le cœur du film est peut-être la mise à nu de la fascination qu’exerce l’Europe, et que plusieurs des protagonistes finissent lentement par remettre en question, tout en admettant qu’ils ne parviendraient jamais à en convaincre leurs familles ou leurs amis, et à les dissuader de tenter l’aventure. En effet, l’horizon que scrutent les migrants, c’est l’Espagne, qu’ils perçoivent comme un inaccessible paradis de travail et d’opportunités. Ce qui, lorsque l’on connaît la situation économique et sociétale actuelle du pays, peut sembler cruellement ironique. On finit ainsi par comprendre que l’Europe n’est pas une réalité tangible, mais un ailleurs chargé de porter tous les rêves auxquels leurs pays d’origine respectifs ne peuvent donner corps. Un constat qui rend la quête de ces hommes bloqués au cœur de Ceuta plus touchante, pour ne pas dire poignante, tant leur malaise transparaît dans ces paysages dits idylliques, mais qui ne sont pour leurs habitants qu’une prison. Ceuta, douce prison devient alors le récit d’un cycle forcément déceptif mais également répétitif et régulier, qu’aucune force ni parole ne semble pouvoir enrayer. _S.G.