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Carlitos Medellin

Medellin, la ville la plus violente de Colombie, pays lui-même dévasté par la délinquance, la corruption et le chaos politique. Jean-Stéphane Sauvaire a introduit sa caméra dans le quartier de Santo Domingo Savio, pour y capter une situation désastreuse, une véritable tuerie. Il équipe un jeune gamin, Carlitos, d’une statue en plâtre de la Sainte Vierge, et parcourt les maisons du quartier pour recueillir les confessions endeuillées des victimes de la guérilla menée par les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie). Medellin compte quinze morts par jour, tous des enfants de moins de vingt ans, assassinés sans raison, si ce n’est celle d’habiter un quartier convoité par les jeunes terroristes et déserté par les forces paramilitaires. CARLITOS MEDELLIN suit donc le parcours de ce petit « prêtre », de maisons en maisons, de confessions en témoignages, de douleurs en révoltes. Les habitants de Santo Domingo Savio trouvent là l’occasion de libérer leurs interrogations, jamais empruntes de haine, ni marquées par des intentions vengeresses. C’est juste la paix qui est recherchée : le repos de l’âme et l’arrêt de la barbarie. J-S. Sauvaire leur donne du temps et un espace, celui de la pellicule, pour témoigner de l’inconcevable. Le cinéaste refuse délibérément toute approche didactique de la situation en Colombie. Engagé tout d’abord dans l’écriture d’une fiction sur ces « enfants tueurs à gages de Medellin », il choisit finalement de nous plonger « en direct » dans l’urgence du conflit, initié par la mort d’Escobar, en 1993. CARLITOS MEDELLIN devient alors un documentaire-choc. Parce qu’il parle de la vraie vie, brute et brutale, et parce que, si impuissants que nous nous sentions, nous connaissons désormais le sort réservé à ces enfants sacrifiés. Rarement la mort n’est apparue à la fois si palpable et irréelle, « sentie de si près que lorsqu’elle arrive enfin, on n’y croit pas ». Elle frappe pourtant à chaque coin de rue, et s’insinue dans les regards, les mots et les larmes des intervenants. Ces mères qui perdent un à un leurs fils. Ces femmes devenues veuves si jeunes qu’elles n’ont que la prostitution comme possibilité de survie. Et ces enfants qui ne voient pour seule défense que la lutte armée. « Ça ne devrait pas être comme ça », dit simplement Pioline, dont la lucidité nous fait encore frémir. Du haut de ses quatorze ans, il dénonce l’absurdité de cette fatalité. Mais, comme pour beaucoup des témoins de CARLITOS MEDELLIN, nous apprendrons que Pioline a été assassiné à son tour. Fatale absurdité…Ch.R.