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Caricaturistes

Que peuvent bien avoir en commun un cartooniste new-yorkais et un dessinateur burkinabé ? Caricaturistes livre douze portraits de ces stars des kiosques qui, bien que dispersées à travers le monde, se rejoignent sur ces valeurs communes que sont la liberté d’expression, la lutte contre l’injustice, la paix… Déterminés à peser sur le cours des événements, ils sont les fantassins de ce “combat de tous les jours” qu’est la démocratie, concept aux contours variables selon les endroits et sur lequel il n’est pas ici question de s’attarder. Ces soldats du bien sont donc en première ligne, prompts à jeter des grenades là où bon leur semble afin de révéler au grand jour les sujets qui fâchent… Évidemment, les enjeux ne sont pas les mêmes partout. Quand, sous le crayon de l’Américain Jeff Danzinger, la “Main Invisible” de l’économiste libéral Adam Smith devient celle d’un mendiant que plus personne ne remarque, il s’agit évidemment de s’attaquer aux pouvoirs financiers. Au Mexique, Angel Boligan signe contre le narcotrafic de terribles dessins où le rouge sang se mêle au vert des dollars et de la coca. Et ainsi de suite : la corruption en Côte d’Ivoire ou au Burkina Faso, Chavez puis Maduro au Venezuela, l’URSS puis Poutine, le conflit israélo-palestinien vu de chaque côté du mur… La caricature se définit comme une arme de révolte de premier choix, parfaitement universelle puisqu’elle ne nécessite pas de savoir lire. On s’attarde sur Willis From Tunis, dont le rôle fut prépondérant durant le Printemps Arabe, et dont les caricatures se sont imposées sur les murs de la capitale tunisienne. On le voit ainsi ricaner sur les décombres de la maison de Ben Ali, en s’exclamant “Voler le peuple pour se payer une baraque aussi moche !” Après une brève présentation des protagonistes, le documentaire trouve son rythme de croisière, offrant une galerie de caricatures resituées dans leurs contextes respectifs. Et douze auteurs, en 1h46, cela fait beaucoup. Trop, peut-être. Quelques instants émergent cependant : Kichka, dessinateur franco-israélien, se rappelle avoir ri lorsque son père, rescapé d’Auschwitz, lui dessina un soldat nazi vêtu d’un caleçon à fleurs et casqué d’une casserole, belle manifestation de l’une des fonctions premières de la caricature : ridiculiser, bousculer les limites de l’inacceptable. Le documentaire, né de l’amitié entre le dessinateur Plantu et le cinéaste Radu Mihaileanu, ici producteur, dépeint donc des héros modernes, immaculés et courageux. Le montage s’appuie sur un effet zapping, qui le limite à un simple passage en revue. Ainsi fait-on le tour du monde sans que jamais les images ne soient confrontées les unes aux autres, le film restant ainsi à des encablures de la poésie baroque d’un Mondo Cane (G. Jacopetti, 1962). Caricaturistes, lui, est un documentaire très sage, entièrement au service de la cause qu’il défend, et relève en ce sens davantage du reportage que du documentaire de création. Signalons toutefois qu’en regard des tragiques événements du 7 janvier 2015 – l’attentat perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo -, il arrive que cette galerie de portraits produise un effet troublant, d’autant plus que l’affaire des caricatures de Mahomet est ici (brièvement) évoquée. _P-J.M.