Warning: Cannot assign an empty string to a string offset in /home/www/fdcprod/wp-content/themes/hague/inc/template-custom.php on line 161
Search for content, post, videos

Calvary

Suspense dramatique, tragi-comédie, chronique villageoise, peinture de mœurs, sombre parabole, Calvary est tout cela à la fois et bien plus encore. Car c’est également le portrait d’un homme d’Église comme on en voit peu. Endossé et habité par un Brendan Gleeson magistral, le Père James est, à l’évidence, une figure christique, par sa profonde humanité et non par une volonté de sanctification. Hormis la paternité et un alcoolisme latent, James partage pourtant avec son modèle les étapes en sept jours – chiffre éminemment symbolique – d’une sorte de Passion : raillé pour ce qu’il représente, confronté au Mal sous toutes ses formes, animé d’exigence et de colère à l’occasion, il est tenté de renoncer à son destin avant d’en accepter l’issue fatale, rachat de péchés qu’il n’a pas commis. Porter les valeurs évangéliques au sein d’une Église qui les a parfois odieusement bafouées n’est pas une sinécure. Cette analogie pourrait être pesante si le film s’y réduisait. Il n’en est rien, car, avec une habileté assez démoniaque, J.M. McDonagh construit son calvaire comme un thriller. Si le Père James connaît l’identité de son futur assassin, le spectateur, lui, l’ignore. Plusieurs personnages ayant des raisons d’en vouloir à l’institution incarnée par le prêtre, cette malice scénaristique induit une double lecture diaboliquement ludique. Emaillé d’un humour aussi noir que la soutane du massif Père James, traversé d’éclairs de tendresse, cette chronique inclassable et hautement recommandable est tournée dans une Irlande à l’inquiétante beauté, où le soleil même semble être de Satan. Après le remarqué L’Irlandais, le réalisateur livre ici une œuvre de moraliste, puissante, grinçante et épatante. _M.D.