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Boyhood

Le cinéma de Richard Linklater n’est jamais plus convaincant que lorsqu’il s’adosse à un dispositif ; ainsi, A Scanner Darkly, adapté de Philip K. Dick, et la trilogie Before (Sunrise, Sunset et Midnight) qui, déjà, interrogeait la notion de temps réel, semblaient les points culminants d’une filmographie inégale. Douze ans durant, l’auteur a ici retrouvé les mêmes comédiens, pour chroniquer l’enfance et l’adolescence de Mason (Ellar Coltrane), son personnage. Paradoxalement, plus le film s’éternise (2h45 au compteur), plus les séquences s’amoncellent, et plus se logent dans leurs interstices des espaces à disposition du spectateur ; plus le portrait de Mason s’additionne d’anecdotes, et plus celui-ci prétend à une forme d’universalité. Boyhood gagne ainsi à s’attacher à des instants ordinaires, sans enjeu apparent, plutôt qu’à des moments significatifs (première peine de cœur, diplôme de fin de lycée…), l’intrigue cédant la place à l’observation, factuelle, modeste, du passage du temps – celui nécessaire à Linklater pour comprendre que son procédé était, plus qu’un moyen de raconter une histoire, le sujet du film lui-même ; que primaient, sur les péripéties et les velléités discursives, le spectacle d’une vie s’écoulant sous nos yeux. D’un coup, six petits mois ont passé – mais six mois de grand chambardement hormonal -, et la voix de Mason a mué ; nous sommes alors en présence d’un corps aussi familier que farouchement étranger : mieux qu’un trucage numérique, le temps, effet spécial en soi, a fait son œuvre. D’où, sans doute, l’émotion suscitée par le film : comme ses héros, nous n’en finissons pas de changer et, de nos propres vies, nous prolongeons sa trame. _T.F.