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Bologna Centrale

BOLOGNA CENTRALE se révèle davantage être un projet artistique qu’une œuvre cinématographique. L’image a beau y occuper une place capitale, elle ne fait qu’accompagner les deux voix off (celles de Vincent Dieutre et d’Éva Truffaut) qui guident le film, à travers un seul et même témoignage : celui du réalisateur français qui clame une déclaration d’amour désenchantée à la ville de Bologne (qu’il aurait aimé retrouver telle qu’il l’avait laissée), ou plutôt aux instants de bonheur qu’il y a passé. Malgré le recul (la plupart des histoires se passent dans les années 70), les idées de Dieutre ne sont pas encore tout à fait claires. L’homme s’interroge sur sa personne, son passé, son attachement à ce passé, et tout ce qu’il déplore dans le monde d’aujourd’hui. Des thématiques déjà très présentes dans ROME DÉSOLÉE, LEÇONS DE TÉNÈBRES ou MON VOYAGE D’HIVER. Les révélations sont parfois très intimes mais le personnage n’en demeure pas moins mystérieux. La mise en scène glisse parfois vers le fantastique avec des plans fixes (et tremblotants !) de la ville, travellings sur voies ferrées, gris bleus nocturnes et habitations jaunâtres. Là où trop de films s’étirent laborieusement jusqu’à l’heure et demie incontournable, celui-ci a la concision d’une nouvelle de Maupassant : 1h01, seulement. Malgré cela, BOLOGNA CENTRALE assume la répétition (Vincent croyant revoir son amant Alessandro…) par la réutilisation de plans ou leur superposition. C’est un peu ainsi que l’on apprend l’homosexualité de Vincent, plus tard sa toxicomanie, dans un mélange de douceur et de brutalité, définissable uniquement par le côté « fantastique » du support audiovisuel : enregistrement de voix sur un triste magnétophone, images abîmées par trop de compressions vidéo. Le grain gigote, le montage saute, non moins que la vie de Vincent, adoptant une voix sympathiquement nonchalante, qu’il s’agisse de moments de tendresse ou d’événements marquants de l’Histoire italienne (l’attentat de la gare, l’enlèvement d’Aldo Moro…). Au final, le film s’impose comme une correspondance de Vincent Dieutre avec lui-même, comme des « lettres qu’il n’a pas écrites ». Slogans ou phrases choc, les réflexions de Vincent Dieutre, aussi fragiles (et conformes à ses précédents essais) soient-elles, frôlent parfois la plus belle poésie : celle d’un homme qui a simplement pris la parole.X.E.