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Belle Jeunesse

“Il semble que le plus cruel de la réalité ne réside pas dans son caractère intrinsèquement cruel, écrit le philosophe Clément Rosset, mais dans son caractère inéluctable, c’est-à-dire indiscutablement réel.” Cette phrase résume parfaitement ce que le cinéma de Jaime Rosales cerne comme aucun autre. Avec La Belle jeunesse – probablement son œuvre la plus narrative et accessible -, il aborde plus frontalement que jamais cette question du réel, quitte à donner à son film, jusque dans l’ironie du titre, des airs d’étude sociologique. Le parcours des deux jeunes héros, leurs combats quotidiens – perdus d’avance -, renvoient, en effet, à ceux de l’ensemble de l’Espagne en crise. Il y a là comme une volonté de porter à tout prix témoignage, qui contraste avec la manière dont ses précédents films se laissaient lentement gagner par ce qu’ils décrivaient. Les événements n’y “intervenaient” jamais, n’y étaient jamais présentés en tant qu’événements, en tant que perturbations, mais plutôt comme des redéfinitions, des transformations subtiles du rapport au réel. S’il y a davantage d’“événements” dans La Belle jeunesse (une grossesse non désirée, une agression, un passage à tabac), ils sont toutefois laissés dans le hors-champ, dans les ellipses, et “interviennent” surtout en ce qu’ils ne cessent de reconfigurer le destin des héros. C’est ainsi que, en deux superbes séquences silencieuses, faites d’un bout-à-bout de chat, d’échanges de selfies et de SMS, le récit franchit des étapes décisives. Rosales s’empare là du langage d’une génération pour transmettre tout à la fois l’insouciance et l’inquiétude de ses choix : les choix d’une jeunesse à laquelle l’époque ne laisse pourtant aucun choix. _C.L.