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Amants Électriques

Impossible de regarder un film de Bill Plympton (L’Impitoyable lune de miel !, Les Mutants de l’espace) sans se sentir aussitôt happé par une spirale vertigineuse de couleurs, de traits, de formes, de borborygmes et de musiques. Et jamais l’éternel enfant terrible du cinéma d’animation n’aura poussé le vertige aussi loin que dans ces Amants électriques. En mouvement permanent, ses dessins forment comme une matière caoutchouteuse, dans laquelle le spectateur plonge, s’enfonce, sursaute, rebondit. C’est à la fois confortable et poisseux, agréable et inquiétant, rassurant et surprenant. Bouches, yeux, langues, corps, muscles, mais aussi paysages, maisons, voitures et même grille-pain : avec un art consommé de la caricature et du grotesque, Bill Plympton reconfigure les personnages et leurs décors au gré de leurs pulsions. Car c’est bien là ce qui traverse l’ensemble de son film et lui tient lieu de carburant. Amour, désir, sexualité, puis jalousie, désespoir, douleur, haine : les deux amants de cette Amérique profonde tirée d’un pulp des années 1950 passent par toutes les couleurs de cette palette intérieure qui lie inextricablement Eros et Thanatos. Partant, le film peut parfois donner l’impression de se résumer à un bout-à-bout de saynètes. C’est que, ici, l’histoire, volontairement simple, compte moins que la façon dont Plympton se l’approprie, transformant chaque étape de ce déchaînement passionnel en nouvelle trouvaille visuelle. Le lien qui se tisse alors entre les scènes – ce qui guide le spectateur, le stimule et l’émeut – est moins celui, logique, de la narration que celui, impalpable, que crée sans cesse l’inventivité du cinéaste. Jubilatoire ! _C.L.