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Agadez Nomade Fm

Plus qu’une petite ville d’Afrique, Agadez est un carrefour de cultures et de civilisations, où se mêlent touaregs et musulmans dans un nouveau et explosif melting pot. Rien d’étonnant à ce que deux documentaristes (dont l’un se présentant lui-même comme un descendant de Jean Rouch), aient voulu poser leurs caméras dans cette cité et en observer les coutumes. Le fil rouge en est la station de radio Agadez Nomade, émettant en français à 70 %, et dans tous les dialectes de la région le reste du temps. Plus qu’une simple chaîne, cette radio, qui couvre toute la ville, est un outil d’éveil, utilisé par ses propriétaires pour lutter contre une propagande intégriste de plus en plus marquée. Ainsi, les deux réalisateurs se servent d’une journée des journalistes d’Agadez pour s’introduire dans les maisons de la ville et leur intimité. Voulant éviter toute leçon ou démagogie, le film se concentre sur des moments en creux, où les personnages semblent entièrement pris dans leur quotidien le plus nu. AGADEZ NOMADE dessine alors le portrait d’une ville en proie à d’étranges tensions, miroir parfait des problèmes de notre propre société. Un débat violent sur le mariage précoce renvoie ainsi à la place de la femme dans toute société, notamment face à la montée irrésistible de l’intégrisme islamiste, ayant généralisé une tradition d’enfants mariés qui, avant, n’était pas si répandue que cela.Si les questions esquissées sont certes intéressantes, l’approche choisie par les deux réalisateurs est déroutante. Leur souhait d’esquiver les clichés du documentaire conduit ainsi à une approche tellement intime et dénudée que le spectateur peut souvent se demander si la fiction n’a pas pris le dessus. Les cadres et l’image sont en effet soignés, et une mise en scène sobre, distante mais bien présente, marque presque chaque scène. L’impact est redoublé par la dimension (on n’ose dire le jeu) des personnages, particulièrement justes, ne regardant absolument jamais la caméra, et accomplissant des discussions ou des actions avec un naturel particulièrement désarmant, malgré la présence évidente de l’objectif. Cette discrétion fait le prix du film, mais crée aussi une sorte de malaise devant une dimension documentaire que l’on n’accepte que parce qu’elle est précisée par le dossier de presse. Car, par ailleurs, tout, des protagonistes à la construction en passant par les mouvements de caméra, évoque une fiction d’auteur certes peu originale mais crédible. Cette diminution de l’impact du réel contribue à la lenteur de l’entreprise, créant par moments un ennui qui, dans le refus du spectaculaire, menace parfois d’engourdir un long-métrage à la torpeur prononcée.S.G.