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À La Recherche De Vivian Maier

À la recherche de documents photographiques pour illustrer l’ouvrage qu’il prépare sur l’histoire d’un quartier de Chicago, le jeune historien et réalisateur John Maloof achète aux enchères, en 2007, des cartons pleins de négatifs qui se révèlent inexploitables. Ce n’est que plusieurs mois après qu’il réalise à quel point ils sont intéressants. Il en numérise certains et les poste sur un blog Internet. Bien que toujours anonymes, ces scènes de rue des années 1950, saisies avec un œil incroyablement acéré, connaissent un succès immédiat. Après avoir racheté tout ce qu’il pouvait de ce lot, John Maloof finit par tomber, au milieu d’autres négatifs et objets hétéroclites, sur un nom : Vivian Maier. En cherchant sur Internet, il trouve un avis de décès récent, des dates et une adresse. À la suite d’un contact téléphonique, il découvre que Vivian Maier a été “nanny” pendant la plus grande partie de sa vie. Un des enfants, maintenant adulte, dont elle s’occupait, lui signale que tous les effets de Vivian se trouvent dans un garde-meuble. Maloof se trouve alors à la tête d’un nombre ahurissant de négatifs (plus de 100 000), non développés pour la plupart, de films en 8 ou 16 mm et de vêtements, chapeaux, souliers, papiers de toutes sortes…, car Vivian ne jetait rien. Malgré l’ampleur de la tâche, et devant le refus du MoMA de l’aider, Maloof, tout en organisant les premières expositions, remonte la piste de cette étrange nanny, photographe compulsive et follement douée. Il rencontre les familles dont elle a partagé la vie, va dans la vallée savoyarde d’origine de sa mère française, où elle a vécu enfant et a plus tard séjourné. Au fil des témoignages contradictoires recueillis par le réalisateur se dessine une personnalité renfermée, ayant une peur panique du contact physique et des hommes, tour à tour compassionnelle et irritable, à la fois fragile et attachante. Pour les uns, ses lubies, sa fantaisie, ses mystères étaient cocasses, pour d’autres, ils frôlaient la cruauté mentale et le déséquilibre. Jouant sur les reflets, Vivian Maier a laissé d’elle plusieurs autoportraits. Grande, les cheveux coupés à la diable, vêtue d’amples tenues, son Rolleiflex autour du cou, elle évoque une Mary Poppins dégingandée, au visage mélancolique et juvénile, comme sa voix, entendue dans ses films des années 1970. Mais la grande affaire de sa vie cachée de photographe fut les gens de la rue, particulièrement les plus démunis, les petits, les ridicules, regardés et immortalisés avec un formidable sens de l’instant idoine et de la composition, ainsi qu’une rare humanité. L’histoire de cette exhumation artistique est si extraordinaire que, n’était l’impossibilité de créer de toutes pièces un tel fonds de clichés anciens, on pourrait croire à une géniale supercherie. Passionnant de bout en bout, souvent émouvant, le film de John Maloof et de son coréalisateur Charlie Siskel est, outre le récit d’une découverte sensationnelle, une enquête guidée d’outre-tombe par une femme fascinante qui se qualifiait elle-même, en plaisantant, d’“espionne”, mais dont l’énigme persiste bel et bien au-delà des repères biographiques et de l’immense talent dévoilé. _M.D.