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A L’ouest Des Rails

Nous sommes en Mandchourie, au cœur du Liaoning, dans la banlieue de Shenyang, ensemble urbain de plusieurs millions d’habitants. Shenyang, ex-Moukden, ancienne capitale du Manchouko vassal des Japonais : ceux-ci l’équipèrent de fonderies dans les années 30 pour leur économie de guerre. Les industries lourdes furent ensuite renforcées jusqu’aux années 1990. Mais maintenant, la « nouvelle » Chine les sacrifie. W. Bing, né en 1967, originaire de Mandchourie, s’est consacré de 1999 à 2001 au dépérissement de l’immense zone industrielle de Tie Xi, et au sort de ceux qui y travaillent. Vaste projet, et ample réalisation, aussi. Du moins par la durée : 551 minutes, réparties en trois films qu’heureusement on peut visionner séparément… Le premier volet, ROUILLE, le plus long (quatre heures), fixe en quelque sorte le cadre général : le déclin d’une métallurgie, jadis phare de la puissance industrielle de la Chine communiste. Les installations de Tie Xi sont obsolètes. Un haut-fourneau gigantesque et une fonderie de cuivre vont s’arrêter ; les hommes sont désemparés. Leur désarroi est encore plus net dans VESTIGES, où la caméra de W. Bing s’installe au sein de l’immense cité ouvrière de Rainbow Row, aux petites unités vétustes elles aussi, promises aux bulldozers de promoteurs déjà sur place. Familles, jeunes gens désœuvrés et sans projet ni espoir, jeunes filles méfiantes, femmes restant en retrait… Retour près des usines de Tie Xi dans le troisième volet, RAILS… Le plus « court » (135 minutes), et qui pourtant s’annonce interminablement monotone : on parcourt des rails pris par les herbes, dans un vieux train nocturne dont on ne sait ce qu’il peut encore transporter, au rythme des haltes de cheminots qui font comme si tout ceci avait encore un avenir. Brutalement, au bout d’une bonne heure, Wang Bing change de direction : RAILS suit alors la misère d’un déjà vieil homme, Du, qui vivote en marge des voies, et de son fils, adolescent, Du Yang. Et enfin, l’émotion finit par poindre, lorsque Du Yang ne peut s’empêcher de pleurer devant la caméra ou lors d’une terrible altercation avec son père. On ne peut que saluer l’ambition de Wang Bing. Même si le résultat peut déconcerter (neuf heures d’images DV particulièrement sombres)… Sa caméra (mobile, perpétuellement impliquée) scrute chaque détail et, peu à peu, fascine. Les paroles sont rares, souvent anodines, les gestes répétitifs. Par accumulation de petits riens, le film dresse une sorte d’immense monument funéraire au XXe siècle, aux industries et à la classe ouvrière de ce temps-là… Maintenant, la nuit, la tristesse hivernale dominent. Les réveillons de nouvel an sont lugubres. RAILS s’achève là où ROUILLE commençait : sur le sombre infini d’une voie ferrée devenue vaine. Tout un symbole…
Ch.B.