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À Ciel Ouvert

Lors de la sortie du fort et poignant Histoire d’un secret (Annuel 2004), les Fiches soulignaient (et saluaient) la percée des documentaires sur nos écrans. Une percée qui s’est, depuis, confirmée jusqu’à devenir quelque peu envahissante, les documentaires contribuant, ô combien, à l’inflation des sorties sur les écrans, alors que la plupart du temps, quelles que puissent être leurs qualités, le petit leur serait bien mieux adapté que le grand. Avec Histoire d’un secret puis Entre nos mains (Annuel 2011) Mariana Otero s’était imposée comme une excellente documentariste, évitant, jusqu’à cet À ciel ouvert au titre étonnamment minier, les partis pris et maladresses, qui trop souvent abaissent ce genre difficile en reportages banals voire en “documenteurs”. En 2012, elle a mené sa caméra à Leers, près de la frontière franco-belge, dans une institution médico-pédagogique pour enfants et jeunes en grandes difficultés psychiques. Premier problème : le spectateur, qui par principe n’a pas entre les mains le dossier de presse, a l’impression qu’il s’agit d’une petite unité quasi familiale, alors que nous ne voyons qu’un des éléments du vaste ensemble du “Courtil”. Elle en a filmé certain(e)s pensionnaires, enfants ou pré-adolescents, s’attachant plus particulièrement à cinq ou six d’entre eux. Notre “filmeuse” nous les fait découvrir, peu à peu, plus ou moins longuement, avec sensibilité : Amina, qui ouvre le film, Alysson, dont la psychose fut décelée lorsqu’elle avait 6 ans, obsédée par les mystères de son corps, Evanne, qui peu à peu apprivoise la caméra, Mattéo, qui se recouvre de bandages, Jean-Hugues, autiste, artiste et surdoué en informatique, qui, plus âgé (près de 15 ans), passera l’année suivante dans le groupe des adolescents. Deuxième problème : l’empathie de la réalisatrice fut, inévitablement, sélective, mais on ne peut s’empêcher de se dire “et les autres ?”. Otero filme aussi les intervenants dans leurs pratiques et leurs discussions. Et là, elle tombe dans le pénible travers de la plupart des documentaires actuels : on ne sait pas qui intervient, qui nous parle, alors que le discours et l’action ne laissent pas indifférents. On arrive, grâce aux interpellations des enfants, à savoir qui est Véronique, plus tardivement à identifier Marie, une autre intervenante elle aussi fort intéressante. Les autres, des hommes (un hasard ?), haut responsable compris, nous resteront non identifiables, et parfois, à en juger par leurs propos, cela vaut peut-être mieux ! C’est là que le bât blesse plus sérieusement : une fois encore, seul le dossier de presse nous apprend que l’institution, dont la réalisatrice nous présente la pratique comme un modèle évident et incontournable, s’inscrit dans une filiation lacanienne. Le spectateur aurait dû en être clairement informé, alors qu’on sait combien les critiques en sont nombreuses (et donc au minimum à prendre en compte), notamment vis à vis de l’autisme. Un document bien sûr intéressant, mais décevant de la part d’une réalisatrice dont on ne retrouve que çà et là, la finesse et l’humanité profondes. _Ch.B.