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3 Vies Du Chevalier

Au XVIIIe siècle, sous le règne de Louis XV, le jeune chevalier de la Barre fut supplicié sur la place publique d’Abbeville. Reconnu coupable de blasphème, et lecteur d’ouvrages licencieux, ce jeune homme appartenant à une famille sensible aux idées des Lumières fut condamné à mort par l’Église. En effet, celle-ci lui reprocha de ne s’être pas découvert, puis prosterné devant le passage d’une procession. Circonstance aggravante, on découvrit lors d’une perquisition dans sa bibliothèque, un exemplaire du dictionnaire philosophique de Voltaire. L’État exécuta la peine, ce qui en fit un martyr de l’intolérance religieuse. Le chevalier fut un temps oublié, avant d’être réhabilité pendant la Commune. Une statue fut érigée devant le Sacré-Cœur, comme un rappel des crimes de l’Eglise contre la libre pensée. Pour pouvoir fabriquer des canons, elle fut déboulonnée pendant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que nombre de statues glorifiant des esprits indépendants. Le chevalier disparut de l’histoire officielle. Dans le but de raviver sa mémoire, une association des amis du chevalier décida de commander une nouvelle statue. Celle-ci rejoindra sa dalle, déplacée maintenant dans un square à Paris. Le film raconte la postérité de ce personnage méconnu. Historiens, hommes d’églises et chercheurs se succèdent, et nous relatent les avancées et reculades de la liberté d’expression, les pouvoirs de censure de l’Eglise, la lente élaboration du concept de laïcité au fil des siècles. L’interprétation d’une œuvre musicale sur le chevalier accompagne la narration. Filmé au format 4/3, ce documentaire est très classiquement et simplement fabriqué, et parvient à mener et mêler ses trois vies (la musique, la statue et la mémoire). Le gros problème est sa longueur excessive. Pendant 1h50, malgré la richesse du thème, il peine à éviter longueurs et redites. Résolument didactique, il utilise des figures de style surannées, qui le déconnectent du présent et retrouvent l’habillage de l’antique TV scolaire : la silhouette du chevalier, incarnée par un figurant, se baladant dans les lieux qui se souviennent de lui, n’est-ce pas une figure de style un peu vieillotte ? On pouvait penser que le thème choisi par le réalisateur bénéficierait de l’éclairage de notre histoire récente. C’est pourtant le contraire. Les attentats de janvier 2015 à Paris périment la façon dont le thème est ici traité. Parce qu’il suit le fil historique de la renommée du chevalier, en essayant de faire de ce personnage l’emblème de l’intolérance religieuse, le film échoue à établir la jonction avec les enjeux liés au mot “laïcité” aujourd’hui, dans notre société. Il a manqué sans doute de ressources pour donner plus d’ampleur à son sujet, et peine donc à accomplir son plan de vol : de l’évocation historique à la situation contemporaine. Il aurait été profitable que le film ne s’embarrasse pas d’un tel cahier des charges. Plus modeste dans ses ambitions, en retranchant par exemple deux vies au chevalier, il serait devenu plus digeste. _J.C.