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10e Chambre, Instants D’audiences

Plus qu’une oeuvre à part entière, 10e CHAMBRE, INSTANTS D’AUDIENCES apparaît comme le deuxième chapitre d’un diptyque entamé il y a précisément dix ans avec DÉLITS FLAGRANTS. Depardon, le photographe devenu documentariste, y captait les premières confessions d’inculpés pour délits mineurs à leurs avocats commis d’office. Une décennie plus tard, le cinéaste reprend les choses exactement où il les avait laissées, poussant les affaires à leur logique étape suivante : le procès. Mais pas celui, médiatisé et gonflé, d’une cour d’assises. En effet, la 10e Chambre Correctionnelle de Paris s’occupe principalement des comparutions immédiates et des simples convocations pour ivresse. Des hommes et des femmes de tous horizons, coutumiers des procédures judiciaires ou au contraire parfaitement novices. Le réalisateur continue ainsi sa peinture d’une justice citoyenne, proche de chacun, et éloignée de son encombrante mythologie hollywoodienne. En effet, Depardon regarde ici un lieu déjà mille fois décrit dans la fiction cinématographique. Pour s’en débarrasser, il approche sa caméra des visages, créant une suite de gros plans laissant volontairement l’environnement dans l’ombre au profit des individus, de leurs histoires et du regard de l’unique juge, Michèle Bernard Requin, sur leurs actions avant que tombe la sentence. Tous défilent donc, pour ivresse ou agression, et racontent leur quotidien, les circonstances ayant provoqué cette comparution, empruntant souvent un ton à la limite du comique. Un seul cas, concernant un jeune homme ayant poursuivi son ancienne compagne, se détache par sa noirceur. Pour la souligner, Depardon filme les deux parties ainsi que les plaidoiries des avocats de la défense, sombrant dans le franc ridicule. Car la caméra est impitoyable pour tous ces personnages scrutés de près, dont les moindres hésitations ou élans sont lourdement amplifiés par le grand écran. Ainsi se crée l’ambiance humoristique, mais aussi pathétique imprégnant l’oeuvre. Et ce sont ces instants qui finissent par rester. Les corps de ces silhouettes perdues, le moindre de leurs gestes ou regards apparaissent comme le vrai sujet du film, plus encore que la justice. 10e CHAMBRE, INSTANTS D’AUDIENCES devient alors un étrange mini-théâtre de l’absurde, faisant défiler côte à côte les existences les plus diverses dans une troublante intimité. Tous sont à nu, bien plus vulnérables et livrés que dans n’importe quelle télé-réalité. Plus qu’un ensemble de règles, la justice dans l’oeuvre de Depardon se montre alors comme elle était déjà dans DÉLITS FLAGRANTS : un puissant révélateur, perçant les mystères de ceux qui la traversent.S.G.