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10 On Ten

Radicalisation, couronnement, postface et (espérons-le tout de même) conclusion de la période expérimentale d’Abbas Kiarostami, sont sortis coup sur coup 10 ON TEN et FIVE [v.p. 252]. Le premier a, au départ, été conçu comme un bonus pour le DVD de TEN. D’ailleurs, après son passage par Cannes et un confidentiel écran parisien, c’est à cette fonction qu’il est retourné. Comme le film qu’il commente et dont il s’inspire, cet essai théorique se découpe en dix fragments, prenant place presque exclusivement dans l’habitacle d’une voiture. C’est Kiarostami lui-même qui, cette fois, a pris le volant. Très à l’aise, il nous dispense en roulant quelques « leçons ». Le terme est à entendre dans deux sens différents. Le premier découle de la genèse du film, de sa fonction initiale de bonus. Il s’agit en effet des leçons que le cinéaste a tiré de l’expérience TEN : une œuvre dont la fabrication fut une aventure et un défi artistique. L’autre sens (celui qui a sans doute justifié la diffusion en salle) est celui que l’on retrouve dans l’expression consacrée « leçons de cinéma ». Celles-ci prennent rapidement des allures de manifeste. Énonçant un programme d’épuration de la forme au profit d’un enregistrement très pur de la réalité, Kiarostami semble vouloir prendre de vitesse le Von Trier de « Dogma 95 ». Se mettant lui-même en scène en train de penser la modernité à coups de citations et d’aphorismes, il se plaît aussi visiblement à s’imaginer comme le Godard de l’ère numérique. Le charisme et la notoriété du personnage incitent d’ailleurs a priori à considérer ses paroles comme profondes. Et pourtant, si l’on y regarde de plus près, on risque bien de ne découvrir que des portes ouvertes, élégamment enfoncées : le numérique c’est génial, les acteurs non professionnels ça fait plus vrai, etc. Bon. En effet…. Mais, en adoptant un point de vue à la radicalité systématique, Kiarostami devient contradictoire. On a le sentiment un peu absurde qu’il décrit ce qu’est un documentaire comme s’il s’agissait d’un tout nouveau type de fiction qu’il venait d’inventer ! Toutefois, passées les considérations techniques, Kiarostami finit par arriver au cœur du sujet, revient à l’idée de mélange (qui faisait toute la spécificité d’un film comme TEN), et renoue avec une approche plus créative. Dans la foulée, avec un rien de roublardise, il réussit à emporter le morceau. En effet, à mesure qu’il élargit le débat, le « professeur » gagne en crédibilité et en séduction. Et le film, lui, réussit à dépasser son élitisme austère pour devenir un stimulant manifeste pour un cinéma résistant, affranchit des codes, et sollicitant judicieusement l’intelligence et la créativité du spectateur. N.M.