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Rencontre avec Whit Stillman À propos de Damsels in Distress

12 ANS D’ABSENCE

J’ai quitté New York après la sortie des Derniers jours du disco, en 1998, pour m’installer en France, à Paris. J’ai pensé que je pouvais travailler à Londres. J’avais différents projets, plus orientés vers le drame que la comédie. Mais ces films ne correspondaient pas vraiment à ma réputation, ils étaient jugés trop risqués et trop chers… Je suis alors retourné aux États-Unis, avec ce projet de comédie universitaire, et il était dans mon intérêt de faire aboutir ce film-là. Pendant une période, j’étais très heureux de me consacrer à l’écriture. J’ai écrit un roman [The Last Days of Disco, With Cocktails at Petrossian Afterwards], basé sur l’univers des Derniers jours du disco, et paru en 2000. Il a bien marché. J’ai également écrit des scénarios, que je pourrais porter à l’écran un jour. Je ne suis pas vraiment étonné de ces 12 années d’absence : c’est le risque quand on est à la fois scénariste et réalisateur.

GENÈSE DE DAMSELS IN DISTRESS

Pour moitié, Damsels in Distress est comme mes autres films, avec beaucoup d’intérieurs. L’autre moitié… c’est un peu ma version d’American College (John Landis, 1978). C’est très bizarre, car American College et Damsels in Distress parlent d’universités américaines pas forcément chics, mais ont tout deux été écrits par des anciens de Harvard ! À mon époque, Harvard était vraiment gris et déprimant… La fac était un peu sous le joug maoïste… L’histoire de Damsels in Distress raconte en quelque sorte le changement à Harvard. Deux ans après, je suis allé à Cambridge. Tout le monde y parlait d’un groupe de filles : les Shalimar Six. C’était six filles de Harvard qui portaient le parfum Shalimar, qui est très cher et très fort, qui s’habillaient très élégamment et organisaient des fêtes très drôles. Tout le monde était enchanté par ces filles et disait qu’elles avaient complètement changé l’ambiance de l’université. Mes quatre “demoiselles” sont un peu ma version indépendante et à petit budget des Shalimar Six !

MISFITS

Damsels in Distress est une comédie identitaire. Le psychiatre Erik Eriksen a écrit des livres sur la manière dont les jeunes forgent leur identité, la façon dont ils changent. Les années universitaires sont bizarrement une période de dépression, de tristesse… L’université est une porte de sortie pour ces personnes qui changent. Dans le film, je pense que seule Heather ne change pas. Tous les autres forgent leur identité. Rose, c’est un peu un secret, est devenue anglaise. Elle a décidé qu’elle était une fille chic de Londres. Violet change complètement. Fred devient Charlie. C’est un aspect heureux de cette période-là : on peut recommencer, rompre avec la tristesse de la jeunesse, du lycée. Il me
semble qu’à Paris le film est perçu comme un peu snob, mais pour moi c’est autre chose. C’est un film sur des gens qui ont des problèmes, et qui cherchent à changer le monde et leur identité.

LE CINÉMA INDÉPENDANT AMÉRICAIN

La boucle est bouclée : il y a un retour aux années 1980. J’adorais cette période. Il y a eu, par la suite, un boom économique dans le cinéma indépendant : on avait trop d’argent, trop de gens ont pensé que c’était devenue une mini-industrie. Mais ça n’a pas marché. Car c’est un petit milieu, pas une industrie : il faut garder ça en tête et continuer dans cette voie. Même si, de temps en temps, un film surgit et marche partout, il faut continuer à faire des “petits” films, sans trop dépenser. Lena Dunham, la jeune actrice-scénariste-productrice qui a créé la série Girls, a participé au casting. Elle aimait mes précédents films, et elle auditionnait pour le rôle d’Heather. Elle ne correspondait pas à l’idée que j’avais du personnage, mais elle était excellente et drôle : on est devenus amis. Je l’ai un peu aidée pour la sortie de son deuxième film, Tiny Furniture (2010, inédit), et elle m’a énormément aidé pour Damsels in Distress. Elle m’a présenté sa coproductrice, qui m’a expliqué comment monter mon film avec beaucoup de jours de tournage, très peu d’argent, et une très bonne équipe.

Propos recueillis par Michael Ghennam et Perrine Quennesson

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